HÉRACLÈS ⑻

Après avoir combattu les monstres les plus féroces et les hommes les plus dangereux c'est une femme, sa propre épouse, qui va causer, involontairement, la mort d'Héraclès.

Face au fleuve Événos en proie à une crue de grande ampleur, Héraclès vit que, s’il pouvait le franchir le gué seul, il ne pouvait le faire en portant Déjanire. Ils réfléchissaient à la façon de contourner cet obstacle quand le centaure nommé Nessos qui passait par là se proposa de faire franchir le fleuve à Déjanire en leur expliquant qu'il était accrédité par les dieux pour son honnêteté.

Déjanire, Nessos et Héraclès
Noël Coypel

Héraclès le paya mais quand il eut traversé et fut sur la rive il vit que Nessos tentait d’abuser de Déjanire. Il lui décocha une flèche enduite du poison de l’Hydre de Lerne qui lui transperça la poitrine. Sur le point de mourir Nessos recommanda à Déjanire de recueillir sa tunique imbibée de son sang et de la donner à Héraclès afin de s’assurer de sa fidélité éternelle. Lorsque son époux tomba amoureux d’Iole la fille du roi Eurytos, elle remit la tunique à Lichas, compagnon d'Héraclès, pour qu'il la donne à son mari.

Dès qu'Héraclès eut enfilé le vêtement il ressentit d'horribles brûlures et quand il essaya de s’en défaire, il vit que sa peau partait en lambeaux. Il ne comprit pas immédiatement dans quel piège il était tombé et auquel Déjanire s’était laissé prendre : le sang du centaure était empoisonné par celui de l’Hydre de Lerne. Malgré la douleur insoutenable et pensant à une perfidie de Lichas, il l'attrapa par le pied, le fit tournoyer et la précipita dans la mer Eubée. Puis il dressa un bûcher au sommet du Mont Oeta, et ordonna à ses compagnons d'y mettre le feu. Tous refusent. Enfin Paean, père de Philoctète, enflamma les pins ; pour l'en remercier, Héraclès lui fait don de son arc et de ses flèches. La flamme crépita et s'éleva vers le ciel. Au moment où elle allait atteindre le corps du héros, un nuage descendit du ciel et, dans une apothéose de tonnerre et d'éclairs, le fils de Zeus disparut aux yeux des hommes tandis que Déjanire se pendait. Héraclès avait une place sur l’Olympe, parmi les dieux.

Nessos

Du temps que je vivais à mes frères pareil
Et comme eux ignorant d’un sort meilleur ou pire,
Les monts Thessaliens étaient mon vague empire
Et leurs torrents glacés lavaient mon poil vermeil.

Tel j’ai grandi, beau, libre, heureux, sous le soleil ;
Seule, éparse dans l’air que ma narine aspire,
La chaleureuse odeur des cavales d’Épire
Inquiétait parfois ma course ou mon sommeil.

Mais depuis que j’ai vu l’Épouse triomphale
Sourire entre les bras de l’Archer de Stymphale,
Le désir me harcèle et hérisse mes crins ;

Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme !
A mêlé dans le sang enfiévré de mes reins
Au rut de l’étalon l’amour qui dompte l’homme.

José-Maria de HEREDIA, Les Trophées

 

❖ Bibliographie

Bibliothèque virtuelle
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