Circé

Magicienne de l'île Æaea, Circé (Gr. Κίρκη) est la fille d'Hélios et de l'océanide, Perséis (ou Persé) donc la soeur de Æétès et de Pasiphaé, ou bien selon Diodore la fille d’Æétès et d’Hécate.

Circe
Circé entourée de bêtes sauvages
(1900) BARKER
(© Art Galleries and Museums, Bradford

Circé dont le nom en grec signifie "oiseau de proie" était douée de pouvoirs extraordinaires, capable de faire descendre les étoiles du ciel, mais elle excellait dans la préparation de philtres, de poisons et de breuvages de toutes sortes, propres à transformer les êtres humains en animaux.

Elle habitait avec ses nymphes sur l'île Æaea (ou trouve aussi les graphies Aeaea, Aiaia, Ééa) qui se situerait vers l'Occident, près des côtes tyrrhéniennes. En revanche les romains identifièrent Æaea avec Circeli (monte Circello).

Selon Homère elle s'était réfugiée sur l’île d'Aeaea après avoir empoisonné son mari, le roi des Sarmates. Elle habitait un palais magnifique où tous les ustensiles étaient d'or, les tables d’argent et les tapis teints de pourpre; des loups et des lions qu'elle avait apprivoisés, pauvres navigateurs qu'elle avait transformés par ses breuvages magiques, se promenaient à l’intérieur sans faire montre d'agressivité. Elle chantait en tissant sur un immense métier à tisser magique de riches étoffes.

Le poète Denys de Milet raconte une histoire identique: elle essaya sur son époux, le roi des Sarmates, un sort maléfique qui l'empoisonna. Détestée par ses sujets, elle dut s'enfuir sur le char de son père. Mais il faut remarquer que les auteurs romains la font beaucoup plus terrible.

❖ Légendes
Circe invidiosa
par WATERHOUSE (1892)
© Art Gallery of South Australia,
Adelaïde

Circé aux belles boucles était autant redoutable par sa beauté et que par ses sortilèges et ses philtres magiques.

• Un jour le dieu marin Glaucos vint la trouver pour lui demander un philtre capable de rendre amoureuse la jeune et belle Scylla, qui demeurait insensible à ses avances mais Circé tomba amoureuse du dieu et changea Scylla en un monstre repoussant. (Mét. XIV, 9 sqq) texte

Picus, fils de Saturne, régnait dans l'Ausonie, coupable à ses yeux d'avoir repoussé son amour pour celui de Canente, fut transformé en pivert. (Mét. XIV, 320 sqq) texte

Calchos, roi de Daunie, un amoureux qui perdit la raison (Parthénios de Nicée, XII) texte

• Circé joua aussi un rôle dans la légende des Argonautes où elle parait comme la sœur (ou la fille) d'Æétès, roi de Colchide. Elle refusa de purifier Médée et Jason du crime horrible de son frère Apsyrtos. Selon d'autres elle les purifia puis les chassa aussitôt.

• Selon l'Odyssée, Ulysse débarqua sur l'île Aeaea et envoya vingt trois compagnons à sa découverte ; ils furent changés par la déesse en pourceaux âgés de neuf ans, sauf Euryloque qui réussit à venir l'avertir. Le héros décida d'aller retrouver ses compagnons disparus.

Moly : plante remise à Ulysse par Hermès pour contrarier les effets des breuvages de Circé; la racine était noire comme la nuit et la fleur blanche comme du lait et il était presque impossible à un mortel de l’arracher.

Le héros, guidé par Hermès qui lui conseilla de mélanger à son breuvage la plante magique appelée moly. Selon Ptolémée Héphestion le moly naquit du sang d’un géant que Circé (ou Médée) tua avec le secours du Soleil.
Le dieu lui précise aussi qu'il peut se faire aimer de "Circé aux belles boucles" en lui faisant promettre que s'il entrait dans son lit elle ne tenterait rien contre lui.
Circé l'invita à sa table et lui offre du cycéon dans lequel elle a versé un philtre. Ulysse réussit à plonger dans sa coupe le moly qui effectivement contrecarra les effets du poison. Puis brandissant son glaive il lui dicta ses conditions : elle devait rien entreprendre qui lui portât préjudice et Circé jura sur le Styx; il aussi obtint que ses compagnons puissent reprendre leur forme humaine.

D'après l'hymne homérique, le cycéon était un mélange assez épais d'eau, de farine et de feuilles de menthe broyées. Plus tard on introduisit le vin dans le mélange. Hésychius dit, en effet, qu'on y mêlait le vin, le miel, l'eau et la farine. Le scholiaste de Platon y ajoute du fromage râpé.

Toutefois l'un d'eux, Gryllos, cité par Plutarque, refusa de redevenir humain. Dans « Les animaux usent de la raison » Plutarque imagine un dialogue entre Ulysse et Gryllos, où ce dernier explique pourquoi il préfère rester dans la peau d'un cochon. S'ensuivent des comparaisons entre les hommes et les animaux, leur vertu, leur courage, leur hardiesse ou leur intelligence.
Elpénor fut le seul à mourir sur l'île en tombant d'une terrasse parce qu'il avait trop bu; Ulysse rencontrera son ombre aux Enfers qui lui réclamera des honneurs funèbres.

Au bout d'un an Ulysse voulut retourner à Ithaque. La magicienne lui traça la route, lui conseilla de consulter l'ombre de Tirésias aux Enfers et lui apprit comment éviter les prochains dangers qui le guettaient.

❖ Descendance
Ulysse et Circée
Circé reçoit Ulysse et ses compagnons par Jan van Bijlert, (CP)

Circé eut plusieurs enfants  qui portent des noms différents selon les auteurs:
Agrios et  Latinos, d’Ulysse (Théogonie, 1011) et une fille Cassiphoné citée dans un commentaire de Tzetzes
Télégonos, d’Ulysse (Télégonie, Plutarque, Histoires parallèles 41, et Hygin, Fables 127)
Nausithoos, Télégonos  d’Ulysse (Hygin, Fables, 125)
Latinos de Télémaque (Hygin, Fables, 127)
Phaunos de Poséidon (Nonnos, Dionysiaques 13, 327 et 37, 10)

Télégonos fut élevé par sa mère et instruit de sa naissance, devenu adulte, il partit pour Ithaque afin de se faire reconnaître par son père.

Arrivés dans le royaume d'Ulysse, Télégonos chassa du bétail. Il fut pris pour un pillard et lors du combat, Télégonos, tua son père d'un coup javelot terminé par un dard de raie; ainsi s'accomplissait la prédiction de Tirésias qui avait dit qu'Ulysse périrait de la mer et de la main de son fils.
S'apercevant de sa méprise et de son parricide involontaire, Télégonos pleura amèrement sur le corps de son père. Puis il porta la dépouille d'Ulysse à Circé, qui lui rendit les hommages funèbres et le scoliaste de Lycophon raconte qu'il fut rendu immortel par Circé, et envoyé à l' île des Bienheureux.
Plus tard, Télégonos épousa Pénélope dont il eut un fils, Italos, le roi éponyme de l'Italie.

Les dieux auraient refusé l'immortalité à Circé et elle aurait péri de la main de Télémaque qui avait épousé Cassiphoné mais dans une autre version Télémaque aurait épousé Circé dont il eut un fils, Latinos.

❖ Arts
Tableaux Circé
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L'histoire d'Ulysse et de Circé a inspiré de très nombreux artistes et poètes: elle était déjà représentée sur le coffre de Cypsélos (premier tyran de Corinthe qui régna de 655 à environ 625 avant notre ère)

• Poésie

Sur un rocher désert, l’effroi de la nature,
Dont l’aride sommet semble toucher les cieux,
Circé, pâle, interdite, et la mort dans les yeux,
Pleurait sa funeste aventure.
Là, ses yeux errants sur les flots,
D’Ulysse fugitif semblaient suivre la trace.
Elle croit voir encor son volage héros ;
Et, cette illusion soulageant sa disgrâce,
Elle le rappelle en ces mots,
Qu’interrompent cent fois ses pleurs et ses sanglots :

Cruel auteur des troubles de mon âme,
Que la pitié retarde un peu tes pas ;
Tourne un moment tes yeux sur ces climats ;
Et, si ce n’est pour partager ma flamme,
Reviens du moins pour hâter mon trépas...

Jean-Baptiste Rousseau (1669-1741)

• Vidéo
❖ Filiation
Perseis
ou Hécate
Hélios
ou Aeétes
Circe
CIRCE
Epoux* / amant Enfants
Roi des Sarmates * -
Poséidon Phaunos
Ulysse
Ulysse
Agrios
Latinos (Hés.)
Nausithoos
Télégonos
Cassiphoné
Télémaque Latinos
❖ Sources antiques
❖ Bibliographie

Quelques livres de librairie pour approfondir le sujet.

Bibliothèque virtuelle
Le grenier de Clio [https://mythologica.fr]
[40] La fille du Soleil est indignée, et ne pouvant, ni ne voulant perdre le dieu qu'elle aime, sa haine s'enflamme contre celle qu'il lui préfère. Soudain, dans la fureur de ses feux méprisés, elle choisit d'exécrables herbes, en exprime les sucs horribles, et prononce, en les broyant, des paroles infernales. Elle prend sa robe d'azur, traverse la foule des bêtes immondes qui la flattent sur son passage, s'éloigne de sa cour, et, se dirigeant vers Rhégium, s'élance sur les vagues agitées que séparent les deux rives, marche comme sur un rivage solide, et court à pieds secs sur le sommet des flots.
[377] "Elle dit, et Picus repousse froidement la déesse et ses vœux : "Qui que tu sois, répond-il, je ne puis être à toi. Une autre me possède, et je désire qu'elle me possède toujours. Je n'offenserai point les droits sacrés de l'hymen par des amours étrangères, tant que les destins me conserveront la fille de Janus !" "Ayant longtemps encore, mais en vain, essayé la prière, Circé s'écrie enfin : "Tes dédains ne resteront pas impunis : tu ne reverras plus Canente. Tu connaîtras ce que peut une femme, une amante outragée, quand cette amante, quand cette femme est Circé." "Alors elle se tourne deux fois vers l'Orient, deux fois vers l'Occident. Elle touche trois fois Picus de sa baguette, et fait entendre des mots magiques, trois fois répétés. Picus fuit : il s'étonnait de la rapidité de sa course; il voit que son corps a des ailes. Nouvel oiseau, il s'élance indigné dans les forêts du Latium, perce d'un bec dur les chênes noueux, et, dans sa rage, blesse leurs rameaux. Ses ailes ont conservé la pourpre de la chlamyde qu'il portait, et, dont l'agrafe nuance d'or son col et son plumage. Picus, dans sa nouvelle forme, n'a conservé de l'ancienne que son nom."
Calchos, roi de Daunie était un amoureux de Circé il lui offrit son royaume et de nombreux cadeaux. Mais Circé n’avait d’yeux que pour Ulysse et pour se débarrasser de l’importun elle l’invita à un repas et lui servit des mets qui le privèrent de raison. Puis elle l’enferma dans la porcherie. Mais elle dut céder aux menaces des Dauniens qui réclamaient leur roi les armes à la main  elle lui rendit son esprit et sa liberté après qu’il eut juré de ne plus reparaître dans son île ni pour la courtiser, ni pour aucune autre raison.
(Parthénios de Nicée, XII)