SPQRDivinités naissances

Ilithyie chez les Grecs opérait seule ou parfois avec l'aide d'Artémis en revanche Lucine chez les Romains avait sous ses ordres quantité de servants qui, au fond, réduisaient son rôle à celui d'une simple surveillante.

Supposons, en effet, que Mena, la préposée aux menstrues, n'ait plus, pendant neuf mois, qu'à se croiser les bras, Junon Lucine se chargera bien elle-même, sous le nom de Fluonia, d'empêcher les hémorragies utérines pendant la grossesse ; sous celui d'Ossipaga, de consolider les os du fœtus ; sous celui d'Opigena, de favoriser son expulsion : mais c'était Alemona qui nourrissait l'embryon; c'étaient Nona et Décima qui veillaient aux deux derniers mois de la grossesse ; c'étaient deux divinités mâles, Vitumnus et Sentinus, qui donnaient à l'enfant la faculté de vivre et de sentir. Et lors de l'accouchement même, la fidèle Partula accompagnait la maîtresse-ventrière. Candelifera allume les cierges ; les deux Carmentes récitent les formules magiques, en attendant le repas que, pendant les couches, on leur servira dans une chambre isolée.
Si la tête de l'enfant se présente d'abord, intervient une nommée Prorsa ; si ce sont les pieds, c'est Postverta. La nymphe Egérie ne dédaignait pas d'accourir, et avec elle Uterina et Portuta, et Numeria, et même vieille déesse, Natis, qui péniblement arrivait d'Ardée en Latium. Enfin, après les couches, Februa sera là pour délivrer la mère de l'arrière-faix et diriger les purgations.

Le dieu Sylvain, avait la réputation d'aimer à persécuter les femmes en couches. Intercidona, Pilumnus, Deverra préservaient la jeune mère contre les insultes de cette grossière divinité ; l'un frappait le seuil à coups de hache, l'autre y appliquait des coups de pilon, le troisième le balayait, afin d'empêcher Sylvain, par ces trois opérations, de pénétrer dans le logis. Les Parques protégeaient aussi la nouvelle accouchée contre les attentats de Sylvain, et pour éloigner ce mauvais génie, on pendait une tête d'âne couronnée au lit de la femme.

Junon Lucine avait une rivale dans Mana Genita mentionnée par Pline l'Ancien et par Plutarque : cette dernière, dont le culte est assez obscur, semble, en effet, avoir exercé une grande influence sur les enfantements. On lui sacrifiait un jeune chien à la mamelle, mets digne des dieux, suivant Pline, et on lui adressait cette prière : "Que de tout ce qui naît dans la maison, rien ne devienne bon!" Cette prière s'entendait-elle non des personnes, mais des chiens qui, pour défendre la maison, doivent être méchants? Le mot bon aurait-il signifié les morts, et aurait-on ainsi demandé à la déesse que rien de ce qui naissait dans la maison ne vint à mourir ?

Junon Lucine avait une concurrence plus sérieuse dans trois dieux accoucheurs d'origine grecque ou peut-être syrienne, les Nixi Dii dont parle Ovide, au livre IX des Métamorphoses. On appelait de ce nom trois statues agenouillées qu'on voyait au Capitole, devant le temple consacré à Minerve, elles avaient été rapportées de Syrie par le consul Manius Acilius Glabrio, après la défaite du roi Antiochus. C'est sans doute leur attitude latonienne qui leur a donné la confiance des femmes enceintes. Avant de les invoquer, il était nécessaire de se laver les mains et de se découvrir la tête.

La déesse de la chasse et des bois, Diane, vieille divinité italique, qu'on adora plus tard à côté d'Apollon comme l'Artémis des Grecs, avait, elle aussi, une action bienfaisante sur les accouchements. Au fameux temple d'Aricia, sur le lac de Némi, les femmes allaient demander des couches heureuses, et apportaient, en signe de reconnaissance, des bandelettes, des tableaux votifs, des flambeaux, des cierges enflammés.
Diane Lucifera est identifiée avec la lune et serait, pour cette raison, la patronne des accouchées. Quoiqu'il en soit, et si singulière que paraisse cette attribution d'accoucheuse à la chaste déesse, le fait n'en est pas moins vrai. Les mythographes l'expliquent en rappelant que Latone était accouchée d'elle sans douleur. Martial a fait allusion à Diane-Lucine dans l'épigramme XIII du livre des Spectacles, à propos d'une truie qui, blessée d'un javelot, au cirque, avait immédiatement mis bas.
Enfin Faunus, que les Romains assimilaient au Pan hellénique, était encore un dieu précieux aux dames Romaines. On célébrait en son honneur les Lupercales.

Sarcophage de Marcus Cornelius Statius
© Musée du Louvre

Intervenait ensuite toute une nouvelle série: en l'honneur d'Opis, la terre, notre mère à tous, on déposait sur le sol le nouveau-né; en le relevant, Levana témoignait de sa légitimité. Puis Deus Vagitanus ouvrait la bouche à l'enfant pour lui faire pousser son premier vagissement. Les deux déesses Cunina et Rumina protégeaient, l'une le berceau, l'autre le sein de la mère ou de la nourrice. Rumina recevait des libations de lait car le vin disait-elle était mauvais pour les bébés.
La déesse Nundina intervenait le neuvième jour, date importante, où l'enfant recevait son nom, sa bulle et certains talismans contre les sortilèges.

Une troisième catégorie de dieux et de déesses veille à la jeunesse délicate de l'enfant; après le sevrage, Potina et Educa accoutument l'enfant à boire et à manger ; Cuba le fait passer du berceau dans un lit ; Statanus lui apprend à se tenir ; Farinus à pousser des sons indistincts, en attendant que Fabulinus lui enseigne la parole articulée et Locutius le langage parfait. Enfin d'autres génies éveillent en lui les facultés de l'âme, l'accompagnent à l'école, jusqu'au moment où Juventas et Fortuna s'emparent de sa personne.

Sources : Histoire des accouchements chez tous les peuples de G.-J. Witkowski

❖ Bibliographie

Quelques livres de librairie pour approfondir le sujet.

Bibliothèque virtuelle
Le grenier de Clio [https://mythologica.fr]