Les Aztèques formaient un peuple autochtone de la Meso-Amérique moyenne, qui fonda un empire au Mexique au XVe siècle. Dans leur langage, dialecte du nahuatl, leur nom (Azteca) signifie le peuple d’Aztlán, origine légendaire de la tribu. Ils s’appelaient aussi Mexica (prononcer « Méchica »). Leur capitale Mexico a donné son nom au pays tout entier.
Selon leur histoire traditionnelle, ils s’étaient établis à Aztlán vers le milieu du IIe siècle et y vécurent plus de mille ans. Dans la seconde moitié du XIIe siècle (1168 ?), ils quittèrent ce pays, qu’on peut situer au nord-ouest de l’actuel Mexique ou au sud-ouest des États-Unis actuels, pour se diriger vers le sud en une longue migration, conduits par les prêtres soldats dits « porteurs de dieux », conformément aux oracles de la divinité tribale, Huitzilopochtli. Environ un quart de siècle plus tard, on les retrouve dans la région de Tula, à 100 km au nord de Mexico ; ils y demeurèrent vingt ans. C’est là sans doute qu’ils commencèrent à s’imprégner des croyances et des mœurs de l’ancienne civilisation toltèque, dont Tula avait été la capitale. Ils célébraient alors pour la première fois, sur la montagne Coatepec, le rite du Feu nouveau. Tantôt guerroyant, tantôt s’alliant par des mariages aux populations en place, les Aztèques pénétrèrent au XIIIe siècle dans la vallée centrale du Mexique par la région nord-ouest (Zumpango, Xaltocán).
Les Aztèques étaient les héritiers d’une longue tradition de civilisations urbaines du centre du Mexique et avaient une grande dette culturelle envers les premiers peuples de Teotihuacan et de Tula. Les habitants de Tula – les Toltèques – figuraient en grande partie dans l'histoire indigène des Aztèques, mais les peuples les plus anciens de Teotihuacan restaient un mystère pour les Aztèques.
Ils y trouvaient des cités-États fortement organisées et belliqueuses. Leur première tentative de création d’un État indépendant s’acheva en désastre : le chef aztèque élevé à la dignité de souverain, Huitzilihuitl Ier, fut fait prisonnier et sacrifié. Devenus les vassaux de cités puissantes, ne possédant en propre aucun territoire, les Aztèques finirent par se réfugier dans les îlots et sur les bas-fonds marécageux de la grande lagune. Ils y fondèrent en 1325 un village de cabanes en roseaux, Mexico, appelé aussi Tenochtitlán (« lieu où le cactus pousse sur le rocher ») : leur dieu leur avait donné l’ordre de s’établir là où ils verraient un aigle, perché sur un cactus, en train de dévorer un serpent. C’est seulement cinquante ans plus tard qu’ils purent enfin s’organiser en État.
◆ Langue
Le nahuatl, un langue du groupe linguistique nahua (qui comprend aussi le nahual et le nahuat) est l'une des langues uto-aztèques de l'ancienne MésoAmérique. Il est aujourd'hui encore parlé par 1,5 million de personnes dans le centre et l'ouest du Mexique. Au cours des derniers siècles précédant l'arrivée des Espagnols en 1519, le nahuatl (la langue des Aztèques) était la langue dominante dans tout le centre du Mexique, bien que d'autres langues fussent parlées dans certaines régions Elle est la langue indigène la plus parlée au Mexique. Le nahuatl "classique" était la langue des Toltèques et des Aztèques du centre de la Méso-Amérique ; diffusé par les Toltèques, puis par les conquêtes et les échanges commerciaux aztèques, il devint la lingua franca de l'ancienne Méso-Amérique. Après la chute de Tenochtitlan en 1521, la langue nahuatl fut sauvegardée par les missionnaires : l'énorme processus d'évangélisation des populations nahuas passa par l'utilisation du nahuatl qui fut transcrit phonétiquement avec l’alphabet latin.
◆ L'empire aztèque.
L'empire aztèque avait atteint son extension maximale lorsqu'il fut découvert par les Espagnols. Il dominait un territoire occupé par des populations linguistiquement et ethniquement hétérogènes. Il s'étendait de la côte du Golfe au Pacifique. Dans le nord-ouest, il s'arrêtait aux confins de la Mésoamérique et, au sud, il descendait jusqu'à l'isthme de Tehuantepec. Mais ce territoire comportait des enclaves qui avaient pu conserver leur indépendance. Les plus grandes se trouvaient à l'ouest dans la région peuplée par les Tarasques (l'Etat actuel du Michoacan). Les Tarasques avaient repoussé avec succès une invasion aztèque en 1478 et, pour les tenir à distance, les Aztèques entretenaient quelques garnisons de frontière permanentes. Metztitlan et Tototepec, dans l'est de la Sierra Madre, Yopitzinco et Tututepec, sur la côte du Pacifique, ainsi que Teotitlan dans l'Oaxaca, constituaient autant de petites seigneuries indépendantes. Dans la vallée de Puebla-Tlaxcala, Cholula, Tlaxcala et Huexotzinco représentaient des enclaves d'un poids majeur. Grâce à des alliances communes — quoique fluctuantes — elles parvenaient à maintenir un équilibre militaire fragile face aux Aztèques et à conserver leur indépendance.
On ne connait pas l'étendue exacte de la domination aztèque au sud, dans la région de l'isthme de Tehuantepec. Les Aztèques y pénétrèrent lors de plusieurs campagnes militaires. Mais, dans les listes officielles conservées des tributaires de l'Empire, Xoconochco sur la côte du Pacifique (aujourd'hui Soconusco sur la frontière avec le Guatemala) est le seul Etat tributaire mentionné au sud de la vallée de l'Oaxaca, dans laquelle s'était établie une colonie militaire aztèque. S'il y eut influence aztèque au-delà de Xoconochco, elle ne put s'exercer que sporadiquement.
L'empire aztèque n'était pas un Etat monolithique, intégrant les régions conquises de manière rigide et disposant d'une armée permanente pour veiller à la loyauté des provinces et garantir les frontières. Il était structuré au contraire de façon relativement lâche, et sa cohésion n'était pas assurée par une présence militaire continue. Aujourd'hui, on le qualifie le plus souvent d'empire de tributaires, car l'expansion de la souveraineté aztèque visait surtout à imposer un tribut aux régions assujetties.
Il n'existait pas de bornes territoriales bien définies. Une sorte de no man's land, peu ou pas du tout peuplé en raison de la nature du terrain, s'étendait d'habitude entre les régions indépendantes et celles que dominaient les Aztèques. Les relations avec les Etats indépendants ne se caractérisaient pas par des conflits permanents. Les Aztèques invitaient d'ailleurs les souverains indépendants lors de fêtes.
◆ La triple alliance.
La source du pouvoir impérial se trouvait dans la vallée de Mexico, à près de 2 200 mètres d'altitude, et se composait de l'alliance de trois cités-Etats ayant pour capitales Tenochtitlan (sur le site de la ville moderne de Mexico), Tetzcoco (aujourd'hui Texcoco, dans le district fédéral de Mexico) et Tlacopan (un faubourg de Mexico, Tacuba). Au moment de la Conquête, Tenochtitlan représentait la force dominante de l' alliance.
Chacun des trois Etats agissait en pleine indépendance sur son propre territoire. En revanche, la politique de conquête était menée conjointement ou d'un commun accord. Des rivalités existaient néanmoins. Le tribut des provinces conquises par l'alliance se répartissait dans des proportions préétablies: Tenochtitlan et Tetzcoco obtenaient chacune deux cinquièmes du tribut convenu, et le cinquième restant revenait à Tlacopan. Les contributions de certaines régions se partageaient dans des proportions différentes ou étaient intégralement perçues par l'un des membres de la Triple Alliance.
◆ Les tributs.
Parmi les tributs fournis, on distingue des catégories de produits : denrées alimentaires, matières premières, produits artisanaux, articles de luxe. Leur payement dépendait moins de leur production dans les provinces concernées que de la distance de celles-ci à la vallée de Mexico. Les denrées alimentaires comprenaient des subsistances de base, telles que les haricots et le maïs, mais aussi l'amarante (huauhtl:) et la sauge (chia) dont on tirait de l'huile, et le miel (on ne connaissait pas la canne à sucre), le sel et le cacao. Le cacao était en fait un produit de luxe, réservé aux riches. Ses graines servaient aussi de monnaie». Parmi les produits artisanaux, on trouvait surtout des pièces de tissu et des costumes de guerriers. Les principaux articles de luxe étaient les précieuses plumes d'oiseaux tropicaux multicolores, le jade et l'or aussi bien sous le forme de minerais que déjà travaillés. Parmi les autres matières premières mentionnées, on trouve la teinture de cochenille, le coton et le copal, une résine qui s'utilisait comme encens.
◆ Les provinces tributaires.
Les Aztèques étaient craints par la plupart des peuples à cause de leur politique agressive de conquête. Ils tiraient parti du moindre prétexte — ou le créaient au besoin — pour déclarer la guerre et attaquer une région. L'invasion n'était pas la seule forme de la politique de force aztèque. Fréquemment, les Aztèques étaient appelés à l'aide par un des partis de l'Etat convoité.
L'ensemble des régions soumises était divisé en provinces tributaires dont les limites ne coïncidaient pas toujours avec les anciennes frontières politiques. La structure administrative réunissait les provinces acheminant le tribut vers Tenochtitlan en cinq régions — centre, nord, ouest, sud, est — et correspondait à la vision cosmologique des quatre points cardinaux et d'un cinquième point au centre.
Chaque province tributaire était imposée d'une quantité globale de fournitures, variables d'un cas à l'autre. Un officier impérial aztèque, le calpixqui (pluriel : calpixque) se chargeait de leur perception. Il enregistrait les livraisons échues à terme et contrôlait leur transfert vers Tenochtitlan. Il en conservait une certaine partie pour son entretien et son salaire. Fraudes et ruptures des termes du tribut étaient sévèrement châtiés. Selon la situation locale, le calpixqui avait à ses ordres un nombre réduit d'officiers percepteurs aztèques subalternes ; parfois il officiait seul avec des assistants autochtones. Les calpixque étaient détestés en raison de leur inflexibilité. Ils n'étaient accompagnés de troupes aztèques que dans des cas isolés et représentaient l'Etat aztèque au niveau régional. Dans de rares cas, on installait aussi un gouverneur aztèque dans la région conquise. Mais en général le gouvernement des territoires tributaires était largement autonome et aux mains d' autochtones. Selon les circonstances de la conquête, on se contentait de substituer au souverain vaincu un autre candidat au trône, allié ou favorable aux Aztèques, et à l'occasion on laissait même en fonction le roi existant.
A côté des régions totalement intégrées au système de tribut, d'autres n'étaient rattachées à l'Empire que par des liens plus ténus. Elles procuraient seulement une aide militaire en cas de conflit, autorisaient le passage de troupes aztèques sur leur territoire et pourvoyaient à leur entretien, ou même manifestaient simplement leur attitude amicale envers les Aztèques par l'envoi occasionnel de « cadeaux », pour témoigner de leur reconnaissance.
Cette organisation lâche de l'empire favorisait les révoltes régionales contre les Aztèques ou leurs calpixque. Ces rébellions, souvent provoquées par des conflits intérieurs locaux, se rallumaient sans cesse et nécessitaient une nouvelle intervention militaire. Visiblement, aux yeux des Aztèques, les avantages du système l'emportaient. Il correspondait à leurs besoins par les livraisons du tribut. Il était flexible et n'exigeait pas une présence militaire continue dans toutes les régions ni une armée permanente.
