Orphée & Eurydice

Accusant de cruauté les dieux de l'Érèbe, il se retira enfin avec son chagrin sur les hauteurs du mont Rhodope et sur l'Hémus battu par les Aquilons.

Orphée et Eurydice
Orphée et Eurydice
Edmund DULAC
Orphée
Orphée et Eurydice
par Michel Martin Drolling (1820)

Près du Strymon glacé, dans les antres de Thrace,
Durant sept mois entiers il pleura sa disgrâce:
Sa voix adoucissait les tigres des déserts,
Et les chênes émus s'inclinaient dans les airs.
Telle, sur un rameau, durant la nuit obscure,
Philomèle plaintive attendrit la nature;
Accuse, en gémissant, l'oiseleur inhumain
Qui, glissant dans son nid une furtive main,
Ravit ses tendres fruits que l'amour fit éclore,
Et qu'un léger duvet ne couvrait pas encore.
Pour lui plus de plaisir, plus d'hymen, plus d'amour.
Seul, parmi les horreurs d'un sauvage séjour,
Dans ces noires forêts du soleil ignorées,

Sur les sommets déserts des monts Hyperborées
Il pleurait Eurydice, et, plein de ses regrets,
Reprochait à Pluton ses perfides bienfaits.
En vain mille beautés s'efforçaient de lui plaire;
Il dédaigna leurs feux, et leur main sanguinaire,
La nuit, à la faveur des mystères sacrés,
Dispersa dans les champs ses membres déchirés.
L'Hèbre roula sa tête encor toute sanglante:
Là, sa langue glacée et sa voix expirante,
Jusqu'au dernier soupir formant un faible son,
D'Eurydice, en flottant, murmurait le doux nom:
Eurydice! ô douleur !... touchés de son supplice,
Les échos répétaient : Eurydice! Eurydice!
Poème de Jacques DELILLE (1738-1813)

❖ Mort d'Orphée
La mort d'Orphée
La mort d'Orphée
Emile LEVY (1866) © Musée d'Orsay

On prétend qu'il mit fin à ses jours mais toutefois il existe d'autres récits où Orphée est foudroyé par Zeus pour avoir divulgué des secrets aux hommes.
Platon dit que les dieux le punirent pour avoir voulu feindre à la mort d'Eurydice une douleur qu'il ne ressentait pas.
Cependant le récit le plus connu et sa mise à mort par les femmes de Thraces pour des raisons diverses selon les auteurs.
Lorsque Dionysos envahit la Thrace, Orphée négligea de l'honorer mais enseigna d'autres mystères sacrés connus sous le nom d'orphisme et flétrit les sacrifices humains auprès des hommes de Thrace qui l'écoutaient respectueusement. Vexé, Dionysos le livra aux Ménades, en Macédoine. Elles attendirent que leurs maris aient pénétré dans le temple d'Apollon dont Orphée était le desservant, se saisirent des armes déposées à l'extérieur, firent irruption dans le temple, tuèrent leurs maris et mirent en pièces Orphée.

Elles jetèrent sa tête dans le fleuve Hébre mais elle flottait, continuant à chanter "Eurydice, Eurydice" puis arrivée à la mer les courants l'emportèrent vers Lesbos où furent fondés un sanctuaire et un oracle. Les Muses en larmes recueillirent ses membres et les enterrèrent à Leibèthres en Thessalie, au pied du mont Olympe où le chant du rossignol est plus beau que partout ailleurs parait-il. Son tombeau, qui consistait en une colonne surmontée d'une urne cinéraire, fut l'objet d'une légende curieuse rapportée par Pausanias (IX 30): selon l'oracle de Dionysos si les cendres d'Orphée étaient exposées au grand jour, un sanglier ravagerait la cité. Un jour des ouvriers cassèrent l'urne laissant apparaitre les cendres du poète et le soir même un violent orange fit déborder le fleuve Sus qui ravagea la ville.
Ainsi s'accomplit l'oracle car Sus signifie sanglier.

La tête d'Orphée
La tête d'Orphée (1865)
Gustave MOREAU

Quant à la tête d'Orphée, après avoir été attaquée par le serpent de Lemnos qu'Apollon changea sur-le-champ en pierre, elle fut transportée dans une caverne à Antissa, consacrée à Dionysos. Là, elle rendait des oracles nuit et jour au point qu'Apollon, voyant ses oracles de Delphes, de Grynéon et de Claros désertés, vint un jour voir la tête d'Orphée et s'écria: " Cesse donc de te mêler de mes affaires ! " La tête désormais demeura silencieuse.

La lyre d'Orphée avait également été portée par les eaux jusqu'à Lesbos et déposée dans le temple d'Apollon. C'était un sacrilège que de la toucher. Néanthe, fil du tyran de la ville voulu jouer de la lyre merveilleuses mais il fut dévoré par des chiens que la musique avaient attirés.
Sur intervention d'Apollon et des Muses, la lyre figura comme constellation dans le ciel.

La lyre d'Orphée
Tête d'Orphée
La tête d'Orphée
John W. WATERHOUSE
© Musée d'Orsay


Quand Orphée autrefois, frappé par les Bacchantes,
Près de l'Hèbre tomba, sur les vagues sanglantes
On vit longtemps encor sa lyre surnager.
Le fleuve au loin chantait sous le fardeau léger.
Le gai zéphyr s'émut; ses ailes amoureuses
Baisaient les cordes d'or, et les vagues heureuses
Comme pour l'arrêter, d'un effort doux et vain
S'empressaient à l'entour de l'instrument divin.
Les récifs, les îlots, le sable à son passage
S'est revêtu de fleurs, et cet âpre rivage
Voit soudain, pour toujours délivré des autans,
Au toucher de la lyre accourir le Printemps.
Ah! que nous sommes loin de ces temps de merveilles !
Les ondes, les rochers, les vents n'ont plus d'oreilles,
Les cœurs même, les cœurs refusent de s'ouvrir,
Et la lyre en passant ne fait plus rien fleurir.
Louise ACKERMANN.

❖ Arts
Orphée de Cocteau
Affiche d'Orphée de J. COCTEAU

Le mythe d'Orphée et d'Eurydice a beaucoup inspiré les artistes aussi bien sculpteurs, peintres, poètes que musiciens de l'antiquité jusqu' à nos jours. On peut retrouver six thèmes :
- Orphée musicien qui charme les animaux
- Eurydice mordu par le serpent
- Orphée aux enfers en présence d'Hadès et de Perséphone et parfois d'Eurydice
- La perte d'Eurydice en sortant des Enfers avec Hermès qui vient la reprendre
- la tristesse d'Orphée
- la mort d'Orphée

L'épisode d'Orphée déchiré par les Ménades était le thème des Bassarides, une tragédie perdue d'Eschyle. Ovide, dans ses Métamorphoses, livres X et XI, et Virgile, au livre IV des Géorgiques ont illustré le personnage d'Orphée dans la littérature latine.
Claude Monteverdi a composé sa «fable en musique» Orfeo. A l'égal de cette oeuvre connue et souvent jouée, l'Orphée de Gluck peut être considéré comme une des plus belles œuvres inspirées de la mythologie. Tous les passages en sont célèbres dont le fameux « J'ai perdu mon Eurydice » Offenbach a, quant à lui, traité sur le mode plaisant, avec une verve endiablée, cet épisode de la recherche d'Eurydice dans son opéra bouffe "Orphée aux Enfers".
Cocteau a été séduit par ses sortilèges et a produit deux films sur le sujet : Orphée (1951), et Le Testament d'Orphée (1959).
Le cinéaste Marcel Camus est l'auteur d'Orfeu Negro (1959).

Orphée aux enfers
Orphée aux enfers
BRUEGEL l'ancien (1594)
© Galeria Palatina Florence

Dans le domaine de la peinture, certains tableaux évoquent Orphée parmi les animaux qu'il charme par sa musique, d'autres Orphée et les Ménades, mais la plupart retracent aussi les aventures d'Orphée et d'Eurydice : Eurydice piquée par un serpent, de Poussin, Delacroix ou du Titien (bien chercher le serpent qui figure sur ces tableaux), Orphée aux Enfers, de Bruegel, Perrier ou Rubens.

La sculpture a aussi donné des œuvres célèbres comme le bas relief montrant Hermès, Eurydice et Orphée dont le musée du Louvre possède une copie, Orphée et Cerbère de Pierre Franqueville au Musée du Louvre, le couple de statues d'Orphée et d'Eurydice de Canova (Venise) ou Eurydice mourante de Charles François Leboeuf, dit Nanteuil (1822) conservée au musée du Louvre.


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❖ Filiation
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(Apollon)
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