Le lion de Némée

Héraclès
Héraclès étouffant le lion de Némée. © Bresica, Museo Civico Romano

Le premier travail qu'Eurysthée imposa à Héraclès (Hercule) fut de tuer et de ramener le lion de Némée qui ravageait l'Argolide et dont la peau était si dure que ni le fer ni l'airain ne pouvait l'entamer.

Ce lion était la progéniture monstrueuse d'Echidna et de Typhon selon Apollodore ou de Chimère et du chien Orthros, eux même enfants d'Echidna, selon Hésiode.

Mais certains auteurs pensent qu'il est l'œuvre de Séléné: soit son propre enfant soit une création à partir de l'écume de mer faite à la demande d'Héra (Théogonie 329).

Parvenu à Cléonae, à mi-chemin entre Corinthe et Argos, Héraclès logea chez un berger (ou cultivateur) du nom de Molorchos (qui signifie jardinier), dont le lion avait tué le fils (passage qui est un ajout des poètes alexandrins et romains). Un jour, comme Molorchos était sur le point d'offrir son seul bouc en sacrifice, Héraclès le retint et lui demanda d'attendre un mois avant de faire un sacrifice au héros ou à Zeus Soter (Zeus sauveur) s'il revenait vivant.

Héraclès arriva à Némée, mais, comme le lion avait dépeuplé tous les environs, il ne trouva personne pour le renseigner et il ne vit aucune empreinte du fauve.
Après avoir d'abord cherché sur le mont Apesas, du nom d'Apesanlus un berger que le lion avait tué, Héraclès se rendit au mont Trétos et là, il aperçut le lion qui revenait vers sa tanière, tout maculé du sang de sa dernière victime. Il tira une volée de flèches (les redoutables flèches d'Apollon) sur le fauve, mais à son grand étonnement elles rebondirent sur sa peau épaisse sans lui faire aucun mal, le lion se contenta de se lécher le poil en baillant.

Ensuite, il utilisa son épée qui se cassa comme un fétu de paille, finalement, il brandit sa massue et assena un tel coup sur la gueule du lion qu'il rentra dans sa tanière à double sortie en secouant la tête, non pas de douleur, mais parce que ses oreilles lui tintaient. Il poussa un rugissement à crever les tympans.
Héraclès, après avoir regardé tristement sa massue brisée, disposa alors un filet à l'une des issues de l'antre et entra par l'autre. Puis hardiment il pénétra dans l'antre du fauve.

Héraclès étouffant le lion

Sachant à présent qu'aucune arme ne servirait de rien contre le monstre, il le prit à bras-le-corps et engagea la lutte. Le lion lui coupa un doigt d'un coup de dent (tous les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point), mais, lui ayant saisi la tête, il fit la prise du collier et serra avec tant de force qu'il étouffa petit à petit la monstrueuse bête. Héraclès revint à Cléonae le trentième jour en rapportant la dépouille du lion sur ses épaules et il fit avec Molorchos un sacrifice à Zeus Sauveur.

Puis Héraclès se tailla une nouvelle massue et, après avoir apporté plusieurs changements aux Jeux Néméens jusque-là célébrés en l'honneur d'Opheltès, fils de Lycurgue, et qu'il dédia à Zeus, il emporta la dépouille du lion à Mycènes.
Eurysthée, stupéfait et terrifié, lui interdit à jamais l'accès de la ville et lui ordonna, à l'avenir, de déposer le fruit de ses Travaux en dehors des portes de la ville. Eurysthée donna l'ordre à ses forgerons de fabriquer une jarre en bronze qu'il enfouit dans la terre.

Eurysthée dans sa jarre

Et, depuis lors, chaque fois qu'Héraclès revenait, il se réfugiait dans la jarre et envoyait ses ordres par la voix d'un héraut appelé Coprée (fils de Pélops et d'Hippodamie) qu'il avait purifié après du meurtre d'un certain Iphitos d'Elis. (Apollodore II,5,1)
Pendant un certain temps, Héraclès fut embarrassé, il ne savait comment s'y prendre pour écorcher le lion, jusqu'à ce qu'il ait l'idée d'utiliser les propres griffes du fauve, tranchantes comme un rasoir. Bientôt, il put revêtir sa peau invulnérable et s'en faire une armure pour la suite de ses aventures. Il utilisa la tête du lion comme casque.
Le lion fut mis au nombre des constellations par Zeus, pour perpétuer l'exploit d'Héraclès.

L'art grec a beaucoup représenté la scène d'Héraclès et du lion de Némée. Dans les oeuvres les plus anciennes il apparait avec une épée, puis avec sa massue et dans les oeuvres plus récentes, debout ou agenouillé, il étouffe le lion à mains nues.

Depuis que le Dompteur entra dans la forêt
En suivant sur le sol la formidable empreinte,
Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
Tout s'est tu. Le soleil s'abîme et disparaît.

A travers le hallier, la ronce et le guéret,
Le pâtre épouvanté qui s'enfuit vers Tirynthe
Se tourne, et voit d'un œil élargi par la crainte
Surgir au bord des bois le grand fauve en arrêt.

Il s'écrie. Il a vu la terreur de Némée
Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée,
Et la crinière éparse et les sinistres crocs ;

Car l'ombre grandissante avec le crépuscule
Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,
Mêlant l'homme à la bête, un monstrueux héros.

José-Maria de HEREDIA, Les Trophées

SOURCES

http://mythologica.fr