Nergal & Ereshkigal

La rencontre, houleuse à ses débuts, entre Nergal, le dieu du Soleil à l'origine et la déesse Ereshkigal, reine des enfers, est racontée sur quelques tablettes plus ou moins lisibles qui datent de la première moitié du second millénaire avant notre ère.

Comme tous les ans les grands dieux sont réunis pour un festin mais leur sœur, Ereshkigal,la reine du Kournougi (enfers) est absente car il lui est impossible de venir au ciel ou à eux-mêmes de descendre chez elle. Anu décide que son messager doit se rendre au banquet et lui descendre sa part du repas. Anu envoie Kakka, son messager, transmettre à Ereshkigal cette proposition. Kakka descend le long escalier du ciel et le portier l'accueille cordialement:
Entre, Kakka, et que la Porte te bénisse.

Il y a également sept portes comme dans le mythe de la descente d'Ishtar aux enfers, mais Kakka n'est pas dépouillé de ses vêtement lorsqu'il les franchit. Après la septième porte, Kakka se trouve en présence d'Ereshkigal. Il s'agenouille, embrasse le sol devant elle et rapporte mot pour mot le message d'Anu. Ereshkigal et Kakka échangent ensuite d'aimables propos, puis elle décide d'envoyer son vizir Namtar chercher sa part.
Quand Namtar arriva, tous les dieux s’agenouillèrent devant lui, par respect pour sa maîtresse, sauf Nergal. À son retour, Namtar relata l'incident à Ereshkigal, qui, furieuse, ordonna : "Amène Nergal devant moi ; je le ferai mourir!"
Namtar revint avec la demande d'Ereshkigal et les dieux furent d'accord de faire punir Nergal pour son insolence. Mais Nergal se cacha parmi les autres dieux, et Namtar ne put le découvrir. Namtar revint bredouille auprès d'Ereshkigal qui le renvoya à la recherche de l'insolent. Ne pouvant rester éternellement caché, Nergal demanda une solution à son père Ea qui lui donna sept paires de démons pour l'assister dans le Monde inférieur et qui vont par paire garder les sept portes.

Nergal et Ereshkigal par TALFAR

Il reçoit aussi d'Ea les avertissements habituels : ne pas s'asseoir sur aucun siège qui lui serait apporté, ne manger ni pain ni viande, ne pas boire de bière, ne pas se laver les pieds et, certainement, ne pas succomber aux charmes d'Ereshkigal.
[...] est allée au bain
Et a revêtu une robe précieuse, Te laissant entrevoir son corps
.
Nergal se munit donc d'un siège particulier, qui avait sans doute un rôle rituel dans la protection contre les esprits nuisibles.
Ce siège a peut-être la même fonction que celui qu’on laissait à l’extérieur de la maison d’un défunt pour empêcher les mauvais esprits de pénétrer à l’intérieur.
Puis Nergal se dirige vers Kournougi. Le lieu est décrit exactement comme dans la Descente d'Ishtar. Quand il arrive, le portier le fait attendre et va prévenir Ereshkigal de sa venue. Pendant ce temps, le vizir Namtar aperçoit Nergal dans l'ombre de la porte :
Le visage de Namtar devient livide comme un tamaris coupé,
Ses lèvres deviennent noires comme le bord d'un pot kouninou.

Namtar relate l'insulte à Ereshkigal, mais elle l’ignore. Que Namtar lui amène Nergal ! Il franchit sept portes, dont chacune a un nom. Après la septième, la porte d'Ennougigi, il pénètre dans une vaste cour. Là, il s'agenouille, embrasse le sol devant Ereshkigal et explique qu'Anu l'a envoyé. On lui apporte un siège, il ne s'y assied point. Le panetier lui apporte du pain, il ne le mange point. Le boucher lui apporte de la viande, il ne la mange point. Le brasseur lui apporte de la bière, il n'en boit point. On lui apporte un bain de pieds, il ne se lave point les pieds.

Dans une autre version loin de s’agenouiller, Nergal la saisit par les cheveux et la fit tomber de son trône, avec la ferme intention de lui trancher la tête. Mais Ereshkigal le supplia de l'épouser.

Ereshkigal va se baigner, revêt une robe précieuse, lui laissant entrevoir son corps, mais il résiste au désir de son coeur de faire ce que font homme et femme.
Sa résistance, cependant, est de courte durée. Ereshkigal retourne se baigner et lui laisse à nouveau entrevoir son corps. Cette fois il cède au désir de son coeur de faire ce que font homme et femme.
Abandonnant toute retenue, Ereshkigal et Nergal passent ensemble au lit un premier jour, un deuxième, un troisième et un quatrième jour, un cinquième et un sixième jour. Quand vient le septième jour, Nergal dit qu'il doit partir et il remonte le long escalier du ciel pour se présenter devant Anu, Ellil et Ea.
Pendant ce temps, dans Kournougi, les larmes coulent sur les joues d'Ereshkigal :
Erra [Nergal] l'amant de mes délices -
Je n'ai pas assez joui de délices avec lui avant son départ !

Namtar offre de se rendre auprès d'Anu, et de ramener Nergal afin qu'il puisse à nouveau l'embrasser. Ereshkigal accepte :

Va, Namtar, tu dois parler à Anu, Ellil et Ea! Tourne ton visage vers la porte d'Anu, Ellil et Ea Pour aller dire :
« Jamais, depuis que je fus une enfant et la fille d'un père,
Je n'ai connu les jeux des autres filles,
Je n'ai connu les bruyants ébats des enfants.
Le dieu que vous m'avez envoyé et qui m'a fécondée, laissez-le encore dormir avec moi !
Envoyez-nous ce dieu et laissez-le passer avec moi la nuit en amant ! »

S'il ne lui est pas envoyé de nouveau, elle menace de faire se lever les morts et leur nombre dépassera celui des vivants. C'est la même menace que fait Ishtar dans Kournougi, ou à son père dans l'Épopée de Gilgamesh lorsqu'elle demande le taureau céleste.
Namtar gravit le long escalier du ciel et répète mot pour mot les paroles d'Ereshkigal, y compris sa menace. Ea rassemble alors les dieux afin que le vizir découvre parmi eux l'infidèle à sa mission, mais Namtar ne reconnaît pas le coupable car Ea à conseillé à Nergal de faire l’idiot.
Il revient auprès d'Ereshkigal et lui rapporte que, parmi l'assemblée des dieux, l'un d'eux se tenait « assis la tête nue, l'air absent et les yeux mi-clos ». Aussitôt, elle lui dit de retourner chercher ce dieu et d’annoncer qu’elle attend un enfant.
Alors Nergal se précipite dans  le long escalier du ciel. Il n'attend pas que lui soient ouvertes les sept portes : il assomme Nédou, le gardien de la première porte, puis le deuxième gardien, le troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième et le septième. Il pénètre dans la vaste cour, s'approche d'Ereshkigal, la saisit par les cheveux et la tire sans ménagement en bas de son trône.
Avec passion, ils font l'amour, un premier jour et un deuxième, un troisième et un quatrième, un cinquième et un sixième jour. Quand arrive le septième jour, le texte s’interrompt brusquement et la fin reste en suspens. Mais il existe du même texte une version antérieure, beaucoup plus courte (nommée «version d'Amarna » car elle fut trouvée à Tell el-Amarna, en Égypte) ; elle se termine par ces paroles d'Ereshkigal à Nergal, après avoir été sans cérémonie tirée au bas de son trône :

« Sois mon époux, je serai ton épouse.
Je te laisserai posséder
La royauté sur la vaste terre !
Je mettrai en ta main la tablette de sagesse !
Tu seras souverain, je serai souveraine. »
Nergal écoute ses paroles,
La saisit, l'embrasse, essuie ses larmes.
« Que m'as-tu demandé? Après de si longs mois,
Certes, il en sera ainsi ! »

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