Héraclites

Tragédie d'Euripide très probablement représentée entre 430 et 427, comme le laissent à penser les allusions faites à la toute première période de la guerre du Péloponèse.

La tragédie porte à la scène, avec quelques innovations, le sujet mythique de la persécution des fils d'Héraclès de la part d'Eurysthée, le tyran qui avait imposé les célèbres « travaux » à leur père, et qui finalement est lui-même vaincu. Eurysthée, roi d'Argos, a voulu supprimer les fils d'Héraclès, après la mort du héros, afin qu'ils ne puissent en grandissant devenir les vengeurs de leur père. Ceux-ci se sont enfuis, protégés et guidés par Iolaos, vieux compagnon d'armes d'Héraclée, mais ils cherchent vainement asile dans presque toutes les villes de la Grèce. En menaçant chaque fois d'entrer en guerre, Eurysthée est toujours parvenu à les faire chasser. Errant de ville en ville, tandis que l'aîné d'entre eux, Hyllos, est parti à la recherche d'un secours militaire, ils sont arrivés avec Iolaos dans l'Attique, à Marathon : là, dans le bois sacré de Zeus, près de l'autel du dieu, ils se sont enfin arrêtés, confiants - comme le dit Iolaos au cours du prologue - dans la puissance d'Athènes et dans ses lois humaines et libérales. Mais il semble que le petit groupe de fugitifs ne puisse même pas trouver la paix en ce lieu. Arrive un messager d'Eurysthée qui impose à Iolaos de le suivre avec les fils d'Héraclès il a l'ordre de les conduire tous à son maître. Le vieux Iolaos appelle au secours, clamant que l'on fait violence aux fugitifs et que l'on profane l'autel de Zeus ; à ses cris accourent les habitants de l'endroit qui forment le chœur et qui, mis au courant par Iolaos, se déclarent en faveur des suppliants. Le messager d'Eurysthée doit s'abstenir de toute violence ; qu'il mette au courant de sa mission, s'il le veut, le roi d'Athènes, Démophon, fils de Thésée. Mais voici justement que le roi survient, attiré lui aussi par tant de clameurs. En sa présence le messager et Iolaos en viennent aux mains, le premier affirmant l'autorité indiscutable d'Eurysthée et menaçant Athènes de la guerre, le second insistant surtout sur le droit sacré des suppliants et sur la puissance d'Athènes qui ne tolérera pas de menaces. Pour des raisons de piété religieuse et de fierté nationale, Démophon prend fait et cause pour les fugitifs. Il ne veut pas la guerre, mais ne la craint pas. Le messager s'en va, en proférant des menaces. Déjà Eurysthée et son armée sont aux frontières. Iolaos exprime sa Joie et sa reconnaissance et invité à se rendre dans la ville, il affirme qu'il restera près de l'autel avec les fils d'Héraclès, afin de prier les dieux pour la victoire du peuple généreux qui vint à leur secours. En intermède, le choeur se déclare également prêt à la guerre pour défendre la cause sacrée et l'honneur de la patrie. Mais un obstacle nouveau et insurmontable semble se dresser pour empêcher la juste guerre. Le roi lui-même l'annonce par la bouche des devins : les dieux déclarent ne vouloir envisager favorablement la guerre que si l'on sacrifie à Coré (la fille de Déméter) une jeune fille de sang noble. Or le roi ne veut pas sacrifier une de ses filles et ne peut imposer ce sacrifice à aucun citoyen. Il a montré sa bonne volonté, mais doit céder à l'hostilité des dieux. Iolaos pleure ses vaines espérances  et si, en dernier ressort, il tente de s'offrir au roi pour être l'unique victime de la vengeance d'Eurysthée, il lui faut comprendre que cette tentative est inutile et qu'il ne peut également exiger des autres un plus grand sacrifice. La situation désespérée est dénouée par l'héroïsme d'une toute jeune fille d'Héraclès (anonyme dans le drame, elle est appelée Macaria dans l'énumération des personnages). De l'intérieur du temple où elle était auprès de la vieille mère d'Héraclès, Alcmène, elle a entendu les clameurs de Iolaos et vient en demander la raison. L'ayant apprise, elle s'offre elle-même Pour le salut de tous. De toutes façons, elle ne survivrait pas après la victoire assurée d'Eurysthée et serait-elle épargnée qu'elle ne pourrait accepter de vivre après la ruine de ses frères et de ses bienfaiteurs. Mieux vaut une mort librement acceptée qu'une fin sans gloire ou qu'une vie misérable et vile. Au milieu de la compassion générale, elle s'achemine vers son destin, après avoir demandé - unique expression de sa douleur en face du sacrifice - qu'on lui rende les honneurs funèbres et que l'on garde son souvenir. Il ne sera plus parlé d'elle pendant tout le reste du drame dans un seul vers, on trouvera une allusion à son sacrifice.

Mais désormais le sort a tourné favorablement pour les Héraclides et le poète semble, sur le plan artistique, cela apparaît comme une faiblesse n'avoir pas voulu troubler le ton de sérénité qui domine dans la seconde partie du drame. Un serviteur survient qui annonce à Iolaos et à Alcmène qu'Hyllos, le fils aîné d'Héraclès, ayant recruté une armée s'est rangée aux côtés des Athéniens pour faire face aux troupes d'Eurysthée. Animé d'une nouvelle foi dans la victoire, le vieux et branlant Iolaos se fait apporter ses armes et, sans se soucier des avertissements quelque peu ironiques de son serviteur, il se fait conduire sur le champ de bataille. Après un chant du chœur priant pour le triomphe des défenseurs des persécutés, le serviteur réapparaît et annonce à Alcmène la victoire d'Hyllos et des Athéniens ; Eurysthée en fuite a été rejoint par Iolaos qui, par un prodige divin, a momentanément recouvré sa jeunesse et le vieux héros le ramène, afin qu'Alcmène dispose de son sort.
Dans le dernier épisode. Eurysthée est conduit par un esclave devant Alcmène qui brule du désir de se venger. Elle ordonne qu'il meure, en dépit de la loi athénienne, rappelée par l'esclave, qui exige d'épargner tout ennemi pris vivant sur le champ de bataille. Eurysthée cherche à se défendre, arguant de la volonté d'Héra et de la raison d'État mais Alcmène demeure implacable. Avant d'être entraîné à la mort, Eurysthée prophétise que les Héraclides seront les ennemis d'Athènes et envahiront l'Attique (allusion évidente à la guerre du Péloponèse) et que sa propre tombe protégera la terre athénienne.

❖ Analyse

La composition singulière du drame (surtout le silence fait sur Macaria) et le fait que les Anciens citaient comme appartenant à cette tragédie des vers qui n'y figurent pas ont fait penser que le drame ne nous était probablement parvenu que tronqué. De toutes façons, il ne compte pas parmi les meilleures œuvres d'Euripide. On a l'impression d'une composition hâtive, d'un manque d'homogénéité entre les motifs mythiques traditionnels et les inventions d'Euripide (par exemple sacrifice de Macaria et l'impitoyable vengeance d'Alcmène). A côté de la poésie élevée de l'immolation de Macaria, le réalisme sans illusion avec lequel est dépeint Alcmène, nous choque malgré son habileté, ainsi que le ton comique, tenant plus de la fable que de la tragédie, dont l'auteur se sert pour décrire la belliqueuse vieillesse de Iolaos. - T.F. Les Belles-Lettres, 1942.

Quelques autres livres pour approfondir ce sujet.


04-Jan-2021
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