Constructions

A l'époque néolithique, les maisons des paysans de la vallée du Nil étaient construites en pisé, à partir de mottes de limon du Nil. Ce procédé aboutit, à la fin du IVe millénaire avant notre ère, à la fabrication de briques de terre crue faites dans un moule en bois et séchées à l'air.

Ce fut le matériau normal de construction en Egypte, et il l'est encore aujourd'hui. Sans doute cela prit-il des siècles, malgré l'existence de différents formats de briques, avant que l'on n'utilise comme dimensions de briques celles où deux largeurs de brique plus le joint de mortier correspondent à une longueur de brique. Seules des briques de ce type rendent possible la construction d'un mur irréprochable dont la structure serait fondée sur l'alternance de panneresses et de boutisses. Elle était déjà connue à la 1ère dynastie, comme le prouvent les tombes des rois et des hauts fonctionnaires de cette époque.

Voute des magasins du Ramesseum

Dès l'Ancien Empire, on sut aussi construire de vraies voûtes de briques crues, parfois d'une portée de plusieurs mètres. Les magasins du Ramesseum, sur la rive occidentale du Nil à Louxor (Thèbes-Ouest), en sont un exemple. Comme" mortier, on utilisait le même matériau que pour les briques, mais parfois on le rendait plus maigre que le limon des briques elles-mêmes par adjonction de sable. Les briques en limon du Nil étaient le matériau habitUel de l'architecture domestique. Dans le Delta, tous les autres bâtiments étaient aussi construits dans ce matériau et seules quelques parties essentielles étaient constituées de pierres. Dans d'autres parties du pays encore, on utilisait toujours des briques crues pour la construction de temples. Les édifices en briques crues avaient des plafonds et des toits faits le plus souvent de troncs de palmiers couverts de nervures de palme, de nattes ou de joncs et enduits d'un crépi de limon. Dans les grandes pièces, on dressait des piliers ou des colonnes de bois quand la portée devenait trop large. L'usage des briques crues rendait nécessaire le crépissage des murs à l'aide d'un mortier de limon fortement dégraissé au moyen d'éléments organiques. Très souvent, on ajoutait sur ce crépi une fine couche de plâtre. Les briques cuites ne furent en usage qu'à partir du Nouvel Empire. Dans le delta du Nil, d'après des découvertes archéologiques récentes, des briques cuites étaient employées dans la ville de Ramsès comme pavement. Dans la même région, il était aussi habituel de bâtir, à l'aide de ce matériau, les parties inférieures des murs des tombes des hauts fonctionnaires. C'est le cas de la tombe du vice-roi de Nubie, Hori, à Bubaste. Les édifices en briques crues avaient, cela va de soi, une durée de vie limitée. C'est pour cette raison que des agglomérations d'autrefois il ne reste plus guère que des collines de ruines. Il en va autrement des constructions de pierre. C'est pourquoi ce sont elles qui constituent ce que nous. considérons aujourd'hui comme caractéristique de la vieille civilisation égyptienne: les pyramides et les temples. Les plus anciennes parties de constructions en pierre se trouvent dans les tombes royales de l'époque thinite dont le bâtiment proprement dit, cependant, demeure en briques crues. Seuls l'ensemble funéraire et la pyramide à degrés de Djéser à Saqqara, construit par cet Imhotep plus tard divinisé, peuvent être considérés comme les premières constructions uniquement faites de pierres. La pyramide à degrés, dont on peut vérifier les diverses étapes de construction, fut faite de blocs de pierres en lits légèrement inclinés vers l'intérieur. Les murs de briques, au contraire, présentent des briques placées horizontalement. Ces assises obliques de pierres constituent des contreforts qui structurent le corps de l'édifice comme par des écailles indépendantes qui s'appuient les unes sur les autres, renforçant la stabilité de l'édifice, comme on le fait pour des tas de briquettes. Comme en outre il fallait un fondement suffisant, on posait les premières assises de pierres à même le roc.

Encoches permettant de découper le bloc.

Pour la mise en place des blocs de pierre (les plus grands sont ceux des pyramides de Giza, qui pèsent 2,5 tonnes en moyenne) les Egyptiens ne pouvaient utiliser que des rampes édifiées à l'aide de remblai et de briques, rampes sur lesquelles on tirait les blocs sur des traîneaux jusqu'au lieu de construction. On disposait en outre de leviers et de poutres en bois, mais le principe du palan n'était pas encore connu. Le noyau des pyramides était de préférence appareillé sans mortier. Les joints entre les blocs simplement équarris étaient bourrés d'éclats de pierre. Le mortier de plâtre, sable fin et eau était employé uniquement pour les blocs du revêtement extérieur, soigneusement ajustés (si possible sans le moindre interstice), de même que pour le revêtement des chambres intérieures. Pour ces blocs-là, on utilisait une pierre sensiblement de meilleure qualité, surtout le calcaire clair provenant des carrières de Toura, à l'est du Caire. Les rampes de construction étaient tracées, dans la mesure où le site le permettait, perpendiculairement à un côté de la pyramide. Elles devenaient plus hautes à mesure que se développait la construction. Si au commencement il y avait sur le dessus encore large de la rampe des pistes pour de nombreux traîneaux, correspondant au grand nombre de blocs à placer, cette largeur diminuait progressivement à mesure que la pyramide montait. A ce stade de la construction, il fallait transporter des blocs toujours moins nombreux. Le polissage soigneux des faces des pyramides demandait sûrement un grand travail et il en allait de même pour tous les murs des temples qui, dans les constructions plus récentes, devaient en outre être décorés de reliefs. On peut admettre que l'opération technique qui consiste à édifier un temple était, dans son principe, la même que pour les pyramides. Pour surmonter les différences de hauteur, on construisait des rampes auxiliaires qui permettaient d'élever des blocs parfois très grands jusqu'à leur emplacement définitif. L'érection de grands monolithes, tels les piliers, colonnes et obélisques, était l'opération de loin la plus difficile. On admet que pour cela aussi une rampe était nécessaire. Sa partie supérieure était disposée à une distance telle de l'emplacement prévu que l'obélisque, une fois tiré sur le sommet de la rampe au point où il allait basculer, descendait exactement sur le socle préparé. Pour éviter que l'obélisque ne bascule trop vite, on élevait autour du socle des murs de briques. L'espace ainsi créé était rempli de sable et ensuite vidé petit à petit de sorte que le monolithe était abaissé sur son socle lentement et de manière continue.

C'est à la carrière même (ci-dessous celle d'Assouan) que les blocs étaient ajustés aux dimensions mentionnées dans les listes de commandes, mais généralement sans finition. Les grandes pièces, au contraire, étaient complètement travaillées dans la carrière ou aux environs de celle-ci: c'étaient les statues colossales, les sarcophages, les colonnes et les obélisques.

Travail sur l'obélisque inachevé d'Hatshepsout

La technique de travail de la pierre ne se distingue pas ici essentiellement de celle pratiquée à la carrière même. Les ciseaux et les maillets y étaient aussi les principaux outils utilisés. La surface des pierres dures était travaillée à l'aide des boules de dolérite. Tout comme pour la préparation des reliefs des murs des tombes et des temples, on utilisait pour la sculpture de statues un canevas selon lequel on dessinait sur le bloc brut la forme prévue par le « canon », conformément au livre de modèles, aux « paroles divines ». Des repères importants étaient indiqués par des trous forés dans la masse.

Tirage de blocs
Transport d'une statue d'une hauteur de 6 m environ
(tombe de Djéhoutihetep IX ième dynastie)

Généralement, les Egyptiens transportaient les blocs simplement équarris et les pièces achevées sur des traîneaux tirés par des bœufs ou des hommes. Dans ce but, ils construisaient spécialement des routes et des rampes qui étaient recouvertes de limon du Nil. On voit sur l'image ci-dessus un homme à l'avant du traineau qui arrose le limon pour qu'il devienne glissant. Ainsi, le frottement entre les patins du traîneau et le sol était considérablement réduit. C'est de la même manière qu'étaient transportés jusqu'au chantier les grands blocs des pyramides et des temples. La construction de rampes et le remplissage par du remblai des parties d'édifices déjà élevées, pour obtenir ainsi de solides plates-formes de travail et de transport, était de pratique usuelle. Le transport sur rouleaux était inconnu sans doute à cause de la nature des terrains sablonneux du pays.

 

❖ Bibliographie

Quelques autres livres pour approfondir ce sujet.


04-Jan-2021
https://mythologica.fr