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Songtsen Gampo décédé, son ministre Mgar entreprend d'élever son successeur et de poursuivre son oeuvre de conquête en s'emparant du royaume des Tuyuhun (T'ou-yuhouen) dans le Koukou Nor. A sa mort, l'amitié avec la Chine prend fin; les Tibétains remportent en 670 la victoire de Dafeichuan (Ta-feitch'ouan), qui ouvre à la domination tibétaine tout le bassin du Tarim. Les successeurs de Mgar, véritables dynastes, accroissent leur influence au sein du gouvernement en jouant le rôle de régents.

La monarchie tibétaine atteint son apogée avec Khri-srong-lde-btsan (755-797). Exerçant le pouvoir personnellement et attachant le plus grand soin aux choses de l'Etat, ce souverain restera le «roi-religieux». Sous son règne, d'intenses relations diplomatiques et commerciales sont établies avec les califats de Bagdad. Les grandes oasis de la route de la soie tombent aux mains des Tibétains (Khotan). Poussant avec succès les incursions annexionnistes, l'armée tibétaine réussit, en 763, après une campagne foudroyante, à s'emparer de Chang'an (Tch'ang-ngan), capitale des Tang, qu'elle doit abandonner peu après. Cette supériorité militaire s'explique par le fait que l'armée tibétaine allie à la vélocité des chevaux l'emploi de l'arc à double réflexe, ou arc mongol.
A la guerre à l'extérieur correspond le développement du bouddhisme à l'intérieur. A partir de 747, le sage indien Padmasambhava enseigne aux Tibétains le bouddhisme vajrayâna, mélange de doctrines indiennes et de tantrisme. Ce bouddhisme, emprunt de magie, supplante la religion archaïque bön, et, en 779, la religion indienne est déclarée religion d'État.
L'influence bouddhiste va être cependant contestée; le roi Glangdarma (838-842), très opposé à ce courant, persécute les moines en les forçant à se marier et à devenir chasseurs; les philosophes indiens sont congédiés et obligés de rejoindre leur pays d'origine. La répression atteignant des proportions considérables, l'opposition bouddhiste délègue en grand secret à Lhassa un moine; celui-ci, à la faveur d'une audience, décoche au roi une flèche mortelle, qui met fin au lignage royal héréditaire.

Morcellement du Tibet.

Après la chute de la monarchie, le Tibet se divise en plusieurs petites principautés. Le bouddhisme renaît de ses cendres grâce à des missionnaires tels Bla-chen-po (892-975) et Klu-mes (v.950-1025). Sur le plan politique le Tibet occidental voit les royaumes de Spurang et de Guge se développer et bénéficier d'une renaissance économique et intellectuelle. Cette période est marquée par l'influence du sage indien Atisa (v. 980-1054), invité au Tibet occidental.
Cette «seconde diffusion de la loi» modifie profondément l'infrastructure économique du Tibet. Les monastères bouddhiques vont prendre un essor sans précédent et devenir des foyers qui concurrencent très fortement la grande aristocratie terrienne.
L'histoire du Tibet, à partir de ce moment, est étroitement mêlée à l'histoire des monastères et à celle des différentes écoles théosophiques. Atisa crée les quatre grandes sectes orthodoxes qui vont conserver leur influence jusqu'en 1960. Son propre rayonnement spirituel est générateur de deux courants contradictoires et en même temps unitaires : la théocratie tibétaine, avec un pouvoir temporel renforcé par le contrôle économique de la paysannerie; l'exigence d'ascèse et de méditation, la considération du réel comme illusion (maya).
Les xe et me s. voient une floraison de la mystique et de la littérature tibétaines. Cette effervescence créatrice se manifeste par l'apparition d'innombrables traités de médecine, d'astrologie, d'agriculture, de géographie.