Château fort

Le château fort ou château féodal dérive du château carolingien, transformation de la villa gallo-romaine dans une intention défensive.

De la tour au donjon.

Le Moyen Age reprend et amplifie les systèmes de flanquement antiques, les tracés en crémaillère; les hourds de bois deviennent au XIIe siècle des mâchicoulis de pierre complétés par des profils en talus.
On tend avant tout, dans les enceintes urbaines comme dans les forteresses isolées, à donner aux tours un rôle primordial, indépendant de celui des courtines. Cette fonction de « réduit » n'était guère employée dans l'Antiquité. La disposition des tours, dans les enceintes romaines, ne permettait pas leur encerclement, car elles restaient ouvertes « à la gorge », c'est-à-dire vers l'intérieur de la ville. Avec les invasions normandes et l'éparpillement féodal, la tour va prendre une importance nouvelle, devenir pour le château isolé ce qu'était celui-ci pour la ville, un réduit indépendant, appelé désormais le donjon.

Au centre, une haute construction de bois, le donjon, ménage, à son étage élevé, la résidence du seigneur. Ce donjon, sur une éminence naturelle ou une motte artificielle, s'entoure d'une enceinte palissadée. Les donjons de pierre, apparus au Xe siècle, se développent au XIe.
Aux XIIe et XIIIe siècles, les châteaux se compliquent, se perfectionnent et deviennent de formidables citadelles, tel le Château-Gaillard où Richard Coeur de Lion avait mis tout son art et dont Viollet-le-Duc a donné une monographie célèbre.
Bâti primitivement en bois, sur une butte, le donjon n'est accessible qu'à l'étage, par une passerelle mobile. C'est d'abord le siège de l'autorité féodale, un lieu de justice; mais la salle, chauffée et pourvue d'un oratoire, sert aussi au seigneur, dont la famille occupe de préférence l'étage supérieur, sous la toiture où gîtent les guetteurs. Dans le soubassement se trouvent les réserves et la prison.
D'abord de plan rectangulaire (c'est, au XIe siècle, le type « normand » ou « angevin » d'Arques, Loches, Beaugency, Montrichard..., qui persistera longtemps outre-Manche), le donjon devient bientôt circulaire pour améliorer sa défense; et cela dès la fin du XIe siècle à Saint-Sauveur-en-Puisaye (en fait ovale) ou à Gisors. Comme les donjons carrés ou octogonaux (Provins), il pourra même être cantonné de quatre tourelles (Houdan, v. 1110); plan fort habilement conçu qui, par contraction, donnera trente ans plus tard le quadrilobe d'Etampes. Le donjon circulaire, il est vrai, garde le plus souvent sa simplicité; sauf à se terminer en éperon à La Roche-Guyon, vers 1190, et au Château-Gaillard, en 1197. Ce type à bec va d'ailleurs être largement utilisé pour les tours d'enceintes, avec des variantes allant d'une simple pointe sur un plan encore circulaire à un tracé en tiers-point (portes de Provins) et, pour finir, losangique (Loches).

Château fort

Une vaste enceinte de murs à créneaux et merlons, coupés de tours, et que protège un fossé, enveloppe l'ensemble de la forteresse. Les portes à herses, dont les ponts-levis, en se rabattant, forment vantaux, livrent seules accès à l'intérieur. Des hourds de bois, plus tard des mâchicoulis en pierre, disposés en encorbellement, permettent de battre le pied des murailles et des tours. L'intérieur de l'enceinte se divise habituellement en deux cours dont la plus retirée abrite le donjon, réduit suprême de la défense. Devant les murs d'enceinte se trouvent les lices que protège une palissade de barres et qui elles-mêmes ne donnent accès à la porte principale que par une barbacane.

A partir du domaine royal (tous les fiefs de France relevaient de la grosse tour du Louvre, élevée par Philippe Auguste), le type du donjon circulaire se généralise au XIIIe siècle. L'exemple le plus fameux restait, jusqu'en 1917, le gigantesque donjon de Coucy, d'un diamètre de 31 m, élevé vers 1230. Il superposait sur les 55 m de sa hauteur trois salles voûtées. La plus élevée, entourée d'une galerie-tribune, soutenait une terrasse qui commandait tout le système défensif : les courtines dominant l'à-pic sur trois côtés, la porte et la « chemise » barrant l'éperon vers la basse-cour.

Mais, à Coucy comme ailleurs, l'éclairage et la disposition des lieux rendant le donjon peu pratique pour les audiences et les assemblées, au siècle suivant une grande salle et une chapelle furent élevées au pied de la grande tour, dans l'enceinte. Le parti n'en était pas nouveau; le palais antique avait connu la salle d'assemblée, et la nécessité pour le seigneur féodal, haut justicier, de réunir ses vassaux pour l'hommage et pour diverses cérémonies avait rendu un tel programme inséparable du palais urbain comme du château isolé.

Ce fut longtemps, donc, une des fonctions du donjon; mais il existe aussi des châteaux sans donjon, à l'exemple probablement des palais épiscopaux. La salle d'assemblée gagne alors en importance; tel est le cas du château de Druyes comme de la salle synodale de Sens. Progressivement, les fonctions judiciaires et celles de représentation se fixeront à la ville, pour donner les palais de justice et, par imitation, les hôtels de ville. De leur côté, les grandes demeures royales (Fontainebleau, Versailles) perpétueront la tradition des salles seigneuriales dans des galeries « dynastiques » à la gloire de leurs propriétaires.
Il est difficile d'établir une coupure nette entre le château sans donjon et le simple manoir du gentilhomme n'ayant pas droit de justice; tous le intermédiaires existent, en particulier dans les casteras du sud-ouest de la France, influencés par le château anglais. Celui-ci reste le plus souvent une « maison forte » sans tours ni donjon. Le « hall » à tribune  et feu « chauffant au large » en est la caractéristique essentielle et se maintiendra longtemps, donnant à la demeure anglaise un aspect archaïsant.

En temps de guerre, les paysans se réfugient au château ; ils campent, avec leur bétail, sur l'espace qui s'étend au pied du grand mur, sur l'un des flancs du château : c'est ce qu'on nomme la basse cour, par opposition à la haute cour ou baile.

Vers la fin du Moyen Age, le donjon tend à perdre son rôle défensif et sa fonction d'habitation; s'il subsiste c'est comme symbole des droits féodaux. La forteresse n'est plus désormais subordonnée à un point fort, et se dilate pour former un ensemble homogène et permettre une intervention rapide en un point donné de la périphérie. Pierrefonds, élevé par Louis d'Orléans à la fin du XIVe siècle répond à cette conception nouvelle de l'ensemble fortifié; mieux, il s'inscrit au centre d'un réseau établi sur un front de 80 km et en forme, en quelque sorte, le donjon.

L'âge de l'artillerie.

L'intervention de l'artillerie détermina une transformation du château. La Renaissance mua les châteaux en véritables palais, et les anciens organes militaires ne laissèrent plus guère que des souvenirs décoratifs, orgueil de la noblesse de cour. Pour perfectionnés que soient les systèmes défensifs étagés au sommet de ces forteresses, ils deviennent bientôt inutilisables devant les progrès de l'artillerie à feu, à la fin du premier tiers du XVe siècle. Les constructeurs vont tenter de s'adapter, découronner le tours des flanquements qui en faisaient la force et sont devenus le points les plus vulnérables, les transformer en plates-formes à canons. En vain, car l'artillerie est un luxe, à la portée du seul pouvoir royal.

Pendant les guerres de Religion, les châteaux reprirent une grande importance : on se les dispute sans trêve, comme les villes. Beaucoup furent rasés. Mazarin acheva la ruine des forteresses féodales que Richelieu n'avait pù abattre. Des anciens châteaux féodaux il n'existe plus guère, çà et là, que des ruines.

❖ Bibliographie

Quelques autres livres pour approfondir ce sujet.


04-Jan-2021
Copyright Le grenier de Clio [https://mythologica.fr]