AKHéNATON

Pharaon égyptien qui régna de 1372 à 1354 environ avant notre ère.

BIOGRAPHIE.

Fils du roi Aménophis III et de la reine Tyi, sang-mêlé, il n'était point de pure origine "égyptienne" (à dominante sémitique) : sa grand-mère était une princesse mitannienne (donc d'origine aryenne) et sa mère était également une étrangère.
Lorsque Aménophis III meurt, le jeune prince Aménophis (Qu'Amon-soit-satisfait) est âgé de quinze ans, et Tyi devient régente. Quatre ans plus tard, celle-ci ayant abandonné le pouvoir, Aménophis IV commence une aventure unique -mais éphémère -dans l'histoire de l'Egypte : il enlève à Amon sa qualité de dieu dynastique, faisant marteler partout ses images et son nom. Il confisque les biens de tous les cultes, supprime la classe sacerdotale et reconnaît la divinité du seul Aton (le soleil en sa forme de disque) : il s'en fait le grand prêtre, le culte étant désormais administré par les officiers royaux. Poursuivant la rupture avec les traditions historiques, il abandonne Thèbes et se construit une nouvelle capitale à Tell al-Amarna (325 km au nord de Thèbes), qu'il appelle Akhetaton (l'Horizon d'Aton), lui-même prenant le nom d'Akhenaton (Celui-qui-est-agréable-à-Aton).
Révolution? peut-être; plus sûrement, évolution lentement poursuivie et qu'il appartenait à la personnalité, très caractérisée, du jeune souverain de mener à son terme le plus extrême.

Akhenaton
Akhénaton

Vers 1370, l'Egypte est un grand empire cosmopolite, qui, de la 4e cataracte du Nil jusqu'à l'Euphrate, réunit des peuples de races, de langues et de croyances diverses. En dehors de la personnalité politique de pharaon et souvent d'intérêts économiques communs, un lien idéologique s'avérait aussi nécessaire: or, les cultes solaires étaient importants en Asie antérieure; et, dès Thoutmosis III (arrière-grand-père d'Akhenaton), le pharaon, que les princes vassaux appelaient «mon soleil », s'assimilait aussi bien à Amon-Rê d'égypte qu'à Shamash de Babylone et de «Syrie ». Le syncrétisme solaire était alors un élément de politique internationale.
Dans le domaine intérieur, aussi grande que soit devenue la puissance temporelle du pharaon et en partie à cause d'elle -chaque victoire valant à Amon de nouvelles richesses -, un autre pouvoir, à la fois capitaliste et spirituel, la menace: celui du clergé d'Amon. Un conflit est latent, que soulignent le retour de faveur peu à peu officiellement accordée aux vieux dogmes solaires héliopolitains et la mention de plus en plus fréquente (depuis Aménophis 1er) du nom du dieu Aton, le disque lumineux, habitat privilégié, lieu commun de toute divinité solaire.
Si l'évolution historique peut parfaitement rendre compte du phénomène amarnien, il n'en demeure pas moins que la cause déterminante, qui devait brutalement conclure le processus engagé, fut le roi lui-même. D'un physique très particulier (ossature grêle, poitrine étroite, ventre proéminent, visage allongé à la bouche sensuelle, crâne volumineux et fuyant, nuque d'hydrocéphale) trahissant une complexion peu commune (ou quelque tare de santé?), le jeune roi était d'un tempérament passionné, mystique, intransigeant. Il construisit une doctrine dont il se fit (avec son épouse Nefertiti, autre princesse mitannienne) le prophète jaloux et le défenseur acharné.

Poussant à son paroxysme une vieille tradition théologique, la doctrine religieuse proclame l'unicité d'Aton, cependant qu'Akhenaton détruit tout ce qui n'est pas l'objet de sa foi. S'opposant à ce sectarisme violent, une ferveur sincère, une pensée profondément humaine, hors de toute considération sociale ou politique, animent les admirables hymnes conservés sur les murs des chapelles funéraires de tombes d'Amarna :

Akhenaton
Akhénaton sous la forme d'un Sphinx
« Tu as créé la terre suivant ton désir, alors que tu étais seul. Tu es beau, grand, resplendissant au-dessus de la terre, ô grand disque de vie. C'est toi qui nourris l'enfant dans le ventre de sa mère, toi qui le calmes, pour qu'il ne pleure pas, toi qui donnes l'air pour animer tout ce que tu crées; tu donnes le souffle de vie au poussin dans l'œuf. Lorsque tu apparais en l'horizon oriental, les ténèbres se dissipent, les Deux Terres sont en fête; les hommes s'éveillent, sautent sur leurs pieds... et la terre entière se met au travail; les arbres et les plantes croissent, les oiseaux volent, t'acclamant de leurs ailes décloses; les poissons du fleuve sautent vers toi. Tout ce qui marche, tout ce qui vole, tout ce qui rampe, tout ce qui nage vit pour toi...
Tu mets chaque homme à sa place, créant ce qui lui est nécessaire, tous, avec leurs biens; leurs langues parlent diversement, comme sont divers leur aspect et leur peau, car tu as différencié les peuples... et tu crées leur vie à tous."
Idéal de fraternité, d'égalité, d'humilité, d'amour joyeux de toutes les créatures envers le créateur, qui inspirera fortement David le psalmiste et fait songer parfois au chant du saint d'Assise. Culte populaire, démocratique, qui se célèbre, sans mystères, en présence de la foule.
Toutefois il faut reconnaître que des textes semblables existaient déjà avant la période amarnienne et étaient tout naturellement dédiés à Amon.
En réaction contre le parti pris de grâce et de beauté pure qui avait prévalu sous Aménophis III, la doctrine artistique est inspirée par un souci de naturel et de vérité menant au réalisme et qu'Akhenaton poussa jusqu'à la caricature, un amour sincère de la nature, une simplicité sans protocole qui fait revivre, sur les bas- reliefs et les peintures, les scènes les plus intimes de la famille royale (le roi, la reine et les six princesses).
L'aventure amarnienne sera unique, mais éphémère: quatorze ans dans une longue histoire.

POLITIQUE DESASTREUSE .

En effet, en politique extérieure, Akhenaton, fanatique inconscient, eut une attitude opportuniste et maladroite; il assiste, sans intervenir, à l'effondrement politique du Mitanni allié; devant la montée du Hatti, il esquisse un rapprochement avec l' Assyrie, mais laisse les Hittites intriguer ouvertement dans les provinces phéniciennes et "syriennes" sous protectorat égyptien: Tyr, Byblos demandent en vain de l'aide; un ambassadeur égyptien est tué. L'Egypte se tait. Akhenaton, prophète pacifique, perd toute influence et tout prestige dans les affaires internationales. Le grand Empire s'effondre.
A l'intérieur, l'état se dégrade: les impôts pèsent lourdement (les constructions nouvelles sont coûteuses); la réforme religieuse n'est pas populaire : elle est un trop grand bouleversement pour les consciences, arrachées à leurs habitudes ancestrales et à leurs magies rassurantes. Et, bien sûr, les prêtres d'Amon, persécutés, mènent sourdement la lutte.
Un rapprochement fut-il tenté dans les dernières années du règne entre ceux-ci et le roi, sectaire de plus en plus isolé? Son gendre, Semenkhkarê, associé au trône, lui survécut quelques années; puis le pouvoir passe à Toutankhamon (second gendre du roi, âgé de neuf ans), qui (inspiré par les "Amoniens") rend au dieu thébain et à sa ville leur prestige antérieur, aux autres dieux leurs cultes, et clôt la brève hérésie.

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