Création

 

La création.

On définit, en métaphysique, la création l'acte par lequel Dieu produit le monde et lui donne une existence séparée. Pour conférer au mot toute sa valeur, on dit très souvent : création ex nihilo ( à partir de rien). Par là on dit que Dieu a créé le monde de rien. Cette expression exclut radicalement deux autres conceptions :
le dualisme, d'après lequel Dieu aurait fait le monde d'une matière préexistante ;
le panthéisme, d'après lequel Dieu aurait fait le monde de sa propre substance, dont les choses ne seraient que le développement. L'idée pure de création n'a existé dans aucune religion de l'antiquité, sauf le judaïsme. Le système de Platon est invoqué à la fois par les partisans de la création et par leurs adversaires. Celui d'Aristote, contraire à la création par l'affirmation de l'éternité du monde, a fourni au créationnisme son principal argument par sa théorie de la nécessité d'un premier moteur. Le dogme chrétien assure ensuite la fortune de l'idée de création, qui trouve au moyen âge son principal contradicteur dans l'averrhoïsme. Descartes soutient, avec la liberté absolue de Dieu, la création ex nihilo. Kant fait de l'idée d'un commencement premier tin monde le terme d'une de ses antinomies. Au m. siècle l'idée de création est défendue, d'une part par l'école spiritualiste française, d'autre part par le néo-criticisme qui se rattache au nom de Renouvier.
Création continuée.
D'après la théorie de Descartes, la vie des créatures est faite d'instants successifs, et a une substance, pour être conservée dans les moments qu'elle dure, a besoin du même pouvoir et de la même action qui seraient nécessaires pour la produire et la créer tout de nouveau.

Averroïsme

Le système désigné au moyen âge et à la Renaissance sous le nom de averroïsme, dit Renan, n'est que l'ensemble des doctrines communes aux péripatéticiens arabes. » L'origine du péripatétisme arabe doit être cherchée dans le mouvement qui fit, à partir de Porphyre, prédominer dans l'école d'Alexandrie la doctrine d'Aristote sur celle de Platon. Avicenne nous présente, avant Averroès, une expression assez complète de la philosophie arabe. Tout l'esprit de l'averrhoïsme se résume en deux doctrines intimement liées entre elles : l'éternité de la matière, et la théorie de l'intellect. Le problème de l'origine des êtres est celui qui préoccupe le plus Averroès. Il y a, dit-il, sur l'origine des êtres, deux opinions opposées : les unes expliquent le monde par le développement ; les autres, par la création. Avicenne, par esprit de conciliation, avait émis une opinion intermédiaire, il admettait la création non pour la matière mais pour les formes, et appelait l'agent : donateur des formes. Mais, dit Averroès, rien ne peut sortir du néant ; rien n'est créé, ni forme ni matière. La série des phénomènes est infinie a parte ante et e parte post : tout ce qui est possible passera à l'acte ; autrement, il y aurait quelque chose d'oisif dans l'univers. Le mouvement n'a pas précédé le repos, ni le repos le mouvement. Le mouvement est éternel et continu. Quant à ce qui touche à la théorie de l'intellect, reprenant la distinction d'Aristote entre l'intellect passif et l'intellect actif, les philosophes arabes furent naturellement conduits à concevoir cet intellect en dehors de l'homme ; par suite à le poser unique pour tous les hommes, et enfin à lui chercher une place dans leur cosmologie. Toute l'originalité de l'averrhoïsme est dans la portée cosmologique et anthropologique qu'il a donnée à la théorie de l'intellect actif. Pour Averroès, l'intellect actif est une sorte d'esprit de la terre et d'esprit de l'humanité, source commune où puise chaque intelligence. C'est par l'humanité que se manifeste l'intellect actif ; de là, la nécessité de l'humanité dans le plan de la nature. L'intellect passif aspire à s'unir à l'intellect actif comme la puissance appelle l'acte, comme la matière appelle la forme, comme la flamme s'élance vers le corps combustible. L'intellect actif est seul immortel ; or, l'intellect actif est extérieur, antérieur et supérieur à l'individu ; ontologiquement, c'est une intelligence cosmique ; psychologiquement, c'est la raison commune de notre espèce ; donc c'est à l'espèce, non à l'individu, qu'appartient l'immortalité.

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