Messe noire

Une messe noire est une parodie de la messe, dite en l'honneur de Belzébuth

On la célébra d'abord sur les reins, puis sur le ventre d'une femme nue servant d'autel. Parfois, on y a sacrifié des enfants non baptisés, au XVIIe siècle notamment. Culte rendu depuis le Moyen Age aux divinités infernales, au cours du sabbat  ou tout à fait en dehors, la messe noire s'accomplit face à un Christ obscène ou à un bouc infernal. Les cierges sont de cire noire ; les coupes contiennent du sang figé ou de la graisse humaine ; l'hostie est découpée dans une savate, un morceau de cuir ou un radis noir. L'officiant est, de préférence, un prêtre défroqué et les servants sont nus sous leurs surplis ornés de symboles diaboliques. A l'offertoire, la cérémonie accompagnée d'intenses fumigations, dégénère en crises convulsives ou en orgie mêlant le sexe à l'alcool ou à la drogue (cf. la messe noire décrite par Huysmans, dans Là-Bas). L'amour de la débauche, la curiosité malsaine, la perversité qui ne recule pas devant le sacrilège, ne sauraient entièrement expliquer la célébration des messes noires. Epouvanté par Satan dont il croyait discerner partout la menace, le Moyen Age chercha parfois à se libérer de ses angoisses en lui rendant hommage. Au sein des guerres, des pestes et épidémies, le Diable lui semblait plus à craindre, sinon plus puissant, que Dieu.
Obsédés par le péché de la chair, certains auteurs ont cru discerner dans la pratique du sabbat et de la messe noire, une revanche de Dionysos-Bacchus et d'Aphrodite-Vénus. Ils n'ont pas entièrement tort, pour autant que les démons sont les successeurs des dieux du paganisme. Par la suite, les messes noires ont subsisté, mais leur justification initiale, leur mobile profond ont disparu.

Messe noire

Expliquée de différentes manières (révolte paysanne contre l'Eglise, dit J. Michelet ; diabolisme réel, prétend Montague Summers), la messe noire est avant tout une parodie obscène de la messe catholique. Chaque sabbat en comprenait une, mais les récits du temps ne s'y attardent guère. Il convient d'ailleurs de se méfier des témoignages recueillis sous la torture et « orientés » comme celui du curé Gaufridi  par exemple, qui avoua, en 1611, avoir fait le signe de croix à l'envers et dit à ses ouailles : « Allez, au nom du Diable ». Il est également faux de considérer comme messes noires des actes sacrilèges isolés (un berger nu parodiait la messe, à Carcassonne, en 1335 ; on la singeait à un sabbat d'Aquitaine, en 1594, etc.).

Dans la réalité, une véritable série de messes noires, pratiquées pour l'amour ou pour la haine, fut décelée par l'Affaire des Poisons, qui ébranla sérieusement les assises de la monarchie absolue. On appela ces messes, Messes de Guibourg, du nom de leur principal auteur, un prêtre dévoyé, sacrilège, partisan convaincu des infanticides, et qui n'hésitait pas à offrir ses propres enfants au démon. (On avait attribué aux Templiers la célébration d'offices analogues dans leur chapelle de Laon ; il s'agissait de l'office de la « Vaine observance », mais rien ne fut prouvé). Au XVIIe siècle, une cinquantaine de religieux indignes, dont les noms sont parvenus jusqu'à nous, avaient été payés par un grand nombre de nobles, des duchesses (de Soissons, de Bouillon), une favorite (la Montespan) et le maréchal de Luxembourg, pour célébrer des messes « spéciales » sur le ventre de filles nues étendues sur l'autel. Il s'agissait surtout de magie amoureuse, mais le crime n'en était pas exclu.
Ces extraits de la confession de Guibourg, du 10 octobre 1680, sont significatifs :

« II avait acheté un écu l'enfant qui fut sacrifié (pour la Montespan), qui lui fut présenté par une grande fille, et ayant tiré du sang de l'enfant qu'il piqua à la gorge avec un canif, il en versa dans le calice, après quoi l'enfant fut retiré et emporté dans un autre lieu, dont ensuite on lui rapporta le coeur et les entrailles pour en faire une deuxième, et qui devaient servir... pour faire des poudres pour le ... (Roi) et pour madame de ... (Montespan), la dame pour qui il dit la messe eut toujours les coiffes baissées qui lui couvraient le visage et la moitié du sein... Il a fait chez la Voisin, revêtu d'aube, d'étole et de manipule, une conjuration en présence de la Des Œillets qui prétendait faire un charme pour le ... (Roi) et qui était accompagnée d'un homme qui lui donna la conjuration, et comme il était nécessaire d'avoir du sperme des deux sexes, la Des Œillets ayant ses mois n'en put donner, mais versa dans le calice de ses menstrues et l'homme qui l'accompagnait, ayant passé dans la ruelle du lit avec lui, Guibourg versa de son sperme dans le calice. Sur le tout, la Des Œillets et l'homme mirent chacun d'une poudre de sang de chauve-souris et de la farine pour donner un corps plus ferme à toute la composition et après qu'il eut récité la conjuration, il tira le tout du calice qui fut mis dans un petit vaisseau que la Des Œillets ou l'homme emporta. »

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