Envoûtement

L'envoûtement est un ensemble de pratiques magiques reposant sur l'analogie, la loi de sympathie et les rapports de causalité, visant à forcer là nature et le destin, avec une intention d'amour ou de haine.

❖ Histoire

La pratique de l'envoûtement est très ancienne : on en a retrouvé la trace sur les cylindres-sceaux babyloniens, les papyrus égyptiens. Il a donné lieu à de grandes affaires politiques :       tentatives d'assassinat sur la personne de Ramsès III, de Jean XXII, de Louis X le Hutin, de Charles VI. Il fut une des causes de la Guerre de Cent Ans, avec le problème de la succession d'Artois. Les Valois, Jacques Ier d'Angleterre ne mettaient pas en doute son efficacité, pas plus que la Montespan, le général Pike, l'abbé Boullan et J.K. Huysmans. Ses plus célèbres victimes furent Enguerrand de Marigny, la Galigaï  et, plus récement, le curé de Bombon, accusé de maléficier des fientes d'oiseaux et d'envoyer des maladies vénériennes. L'envoûtement demeure vivace dans les campagnes, où l'on emploie principalement le coeur de mouton dardé d'épingles, la photographie et la poupée de cire (dagyde).

❖ Pratique
Mandragore

La personne qui désire envoûter son prochain doit faire preuve d'une volonté tenace, qu'elle peut d'ailleurs entretenir grâce à un entraînement physico-psychique exigeant : l'isolement mental, la relaxation, des exercices respiratoires, un développement des facultés imaginatives tendant à « visualiser » la victime, le plus possible. A la volonté viennent se joindre les pratiques incantatoires (prière ardente ou exécration éventuelle) ; l'emploi de l'eau lustrale, des parfums, des cierges noirs ; le port de bijoux faits de plomb ou d'onyx Go, matières préférées des entités invisibles. L'envoûtement proprement dit se résout en une pratique élémentaire qui consiste à cajoler une figure de cire ou de terre glaise : statuette, dagyde, marmouset ou volt (du latin vultus : regard), en souhaitant que cette dernière ressente toutes les caresses dont on la réconforte ou tous les coups (piqûres, brûlures) dont on l'accable. « Quelques-uns pensent faire tort à autrui en faisant une image au nom de celui qu'ils veulent blesser ; ils la font de cire vierge ou neuve, et lui mettent le coeur d'une hirondelle sous l'aisselle droite, et le foie sous la gauche. Item ils pendent l'effigie à leur cou avec un fil tout neuf, laquelle ils piquent en quelque membre avec une aiguille neuve, en disant quelques mots que j'ai laissés exprès, de crainte que les curieux n'en abusassent. Cette image est quelquefois faite d'airain, et pour plus de difformité ils lui retournent les membres, comme lui faisant un pied au lieu d'une main, et une main au lieu d'un pied, et lui tournant la face le devant derrière. Pour faire un plus grand mal, ils font une image en forme d'homme et lui écrivent un certain nom dessus la tête, et aux côtés mettent ceci : Alif, lafeil Zazahit mel meltat levatam lentace ; puis ils l'enterrent dans un sépulcre. Pour le même effet, comme ils appellent, ils préparent deux images, lorsque Mars domine ; l'une est de cire, l'autre est faite de la terre d'un homme mort, on baille le fer dont un homme est mort dans la main de l'une des images pour en percer la tête de l'image qui représente celui que l'on veut faire mourir... Pour acquérir l'amour d'une femme, on fait une image à l'heure de Vénus, on la compose de cire vierge, au nom de celle que l'on aime, on y appose un caractère, et on la fait chauffer près du feu : ce faisant on se souvient de quelque ange... » (Jean Wier V. Histoires, disputes et discours..., Livre V, ch. I 1).

❖ Autres pratiques

- la charge, que l'on enterre sous le seuil de l'ennemi ou en tout autre endroit qu'il fréquente régulièrement. La charge est souvent composée d'un crapaud ou d'un serpent bourré d'ingrédients divers (poils, ongles, cheveux, débris d'hostie consacrée, de vêtements intimes, etc.) ;

- l'enclouage, qui consiste à enfoncer le plus souvent un clou « soit dans l'empreinte que vient de laisser à terre la personne ou l'animal à enclouer, soit un beau jour de soleil, dans leur ombre portée » (Dr Teutsch. L'envoûtement p. 26) ; - le chevillement, qui empêche les hommes d'uriner (urotopegnie), en plantant tout simplement une cheville dans la terre humide ;

- le nouement de l'aiguillette, ligature qui vise à rendre l'homme impuissant, à empêcher la consommation des mariages et la procréation, au moment même de l'échange des anneaux conjugaux. Il suffit pour cela de nouer des fils de laine ou de chanvre, des rubans, des cheveux, ou la verge d'un loup récemment tué.

Afin d'éviter le danger terrible, souvent mortel, du choc én retour l'envoûteur doit agir dans le plus grand secret, à l'abri des oreilles indiscrètes et des yeux fureteurs, capables de déceler les charmes ou de découvrir des images transpercées. Pour réussir, l'opération doit être triangulaire, c'est-à-dire prévoir, en dehors de la victime désignée, un animal ou un objet (récipient rempli d'eau, boule de cire, plaque de gélatine) apte à recevoir, en retour, le fluide émis par un contre-envoûteur. Cet animal, cet objet agissent à la manière d'un paratonnerre ou d'un bouclier.

❖ Protection

Ces dernières sont innombrables, variant suivant les pays et les coutumes religieuses. Les dérivateurs (eau de Lourdes, eau bénite, vinaigre) attirent le fluide néfaste ; le charbon de bois l'absorbe ; les pointes (clous, poignards, pincettes) agissent sur lui comme sur l'électricité. On se protège également en entourant son lit d'une sorte de cage de Faraday ; en portant des bijoux qui subissent l'influence des astres et des planètes ; en brûlant des parfums. Est à recommander aussi le port des amulettes Q, des talismans Q, des pentacles Q et des médailles à l'influx bénéfique. La récitation de prières à St Michel éloigne les charmes, lorsqu'elle est accompagnée de bénédictions, d'aspersions d'eau bénite et de signes de croix.

Sources : Le dictionnaire du diable et de la démonologie

❖ Bibliographie

Quelques livres de librairie pour approfondir le sujet.

Bibliothèque virtuelle
Le grenier de Clio [https://mythologica.fr]