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Si le stûpa, avec l'harmikâ qui le surmonte, avait la fonction d'un autel du culte bouddhique, on peut considérer le chaitya comme l'église du bouddhisme primitif. De même que les catacombes chrétiennes ont précédé l'église, les édifices en plein air des chaityas ont été précédés par les cavernes rupestres qui, à l'origine, étaient des tombeaux, mais qui furent ensuite aménagées pour les pratiques cultuelles, avec un stûpa souterrain pour les enclore, auquel se rattachait un vestibule pouvant servir de salle de réunion (Junnar, Guntupalle, Lomas-rishi, etc.). En réunissant les deux locaux, on obtint la salle rectangulaire, terminée par une abside hémisphérique, du chaitya, qui, de la sorte, avec ses deux rangées de colonnes, a situé le stûpa destiné aux processions à son extrémité. Les constructions en plein air, originellement en bois, ont souffert des morsures du temps et des persécutions postérieures subies par le bouddhisme; ce sont par conséquent les cathédrales rupestres qui, avec les stûpas, sont les plus anciens monuments de l'Eglise bouddhique d'Etat de ces temps-là.

La plus ancienne de ces salles est le chaitya de Bhâjâ (vers 200-175 avant notre ère.), tout près de Kârlî, sur la côte occidentale du subcontinent indien (les Ghâtes occidentales), au sud-est de Bombay. La façade aveugle, édifiée en bois, a disparu, mais elle est conservée à Kondani, non loin de là, édifiée â la même époque. Avec ses balcons suspendus, elle imite les constructions monastiques (vihâras) qui, dans les anciens monastères, se trouvaient autour d'un chaitya. La transposition fidèle de leurs structures et de leurs formes est attestée encore sur place par les arcs de bois dans les grandes baies solaires. La salle du chaitya du groupe de cavernes de Bedsa, à 16 km au sud de Kârlî, présente, avec ses baies de pierre, ses colonnes, ses chapiteaux en cloche, des progrès dans le développement de ce type de construction. La plus importante et la mieux conservée est la salle rupestre de Karlî, dont on fixe l'excavation au commencement de notre ère. Toute réminiscence archaïque a ici disparu. La salle était fermée par un mur frontal supporté par deux colonnes, qui a aujourd'hui en grande partie disparu. Derrière ce mur, orné à l'origine d'une galerie de bois et qui se divisait en haut en une colonnade pour laisser passer la lumière, s'étend le hall d'entrée, fermé à son tour, en bas, par un mur orné de sculptures plus récentes et percé seulement de trois petites portes d'entrée. Sur la terrasse du mur se trouvait une galerie pour la maîtrise. L'ouverture de la grande fenêtre à arc est, elle aussi, garnie de poutres arquées en bois de teck de la torana. La salle à trois nefs est plus étroite que le vestibule. Les quinze colonnes qui, de chaque côté, séparent les collatéraux de la nef centrale se composent d'une base en forme de vase, d'un fût cylindrique, de chapiteaux à lotus et d'un couronnement figuratif formé, pour chacune d'elles, du côté de la nef centrale, par deux éléphants agenouillés qui portent deux divinités, et, à l'opposé, par un cheval et un tigre portant chacun un personnage. En revanche, les sept colonnes derrière le stûpa sont de simples piliers octogonaux sans chapiteaux. La voûte est ornée, comme d'habitude, d'arêtes de bois, ici particulièrement saillantes et bien conservées. Le stûpa, très simple, comporte deux terrasses pour les processions, avec des balustrades, une partie supérieure à sept degrés et un parasol de bois. Dans le grand édifice monastique de la caverne d'Ajantâ, il y a quatre salles de chaitya, dont deux, les numéros X et XI, datent des IIe et ler siècles avant notre ère le numéro XIX de la fin du Ve siècle et le numéro XXVI des environs de 600 après J.-C.
Dans les deux salles les plus récentes apparaît déjà la figure, plus grande que nature, de Gautama Bouddha, assis et debout, dans le dagoba; de nombreux bouddhas ornent, par rangées, la façade. Les simples colonnes sont devenues des piliers richement décorés. La pittoresque décoration primitive de la frise du pourtour ne parut plus suffisante au goût de magnificence qui régna plus tard, et elle fut remplacée par des bas-reliefs richement ornés de « mille bouddhas ». Seul le plafond a gardé ses arêtes traditionnelles. Le Vishvakarma-chaitya (vishvakarma = le Constructeur universel, l'Architecte des dieux), à Ellorâ, ressemble, à l'intérieur, aux deux derniers chaityas d'Ajantâ, dont il est aussi voisin dans le temps; il a néanmoins une façade différente, sans les grands arcs des portes, et avec une division de la lumière.

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