civilisation

La découverte de l'Afrique.
Auparavant, en effet, et seulement depuis quelques siècles, les côtes seules en étaient connues, et aussi quelques portions de l'intérieur, celles qui avaient presque exclusivement fait partie du monde antique.

Les géographes alexandrins, dont Ptolémée est le principal représentant, ne connaissaient pas, en effet, tous les contours de l'Afrique ; ils avaient seulement des notions assez précises sur les rivages de la mer Erythrée (de la mer des Indes) jusqu'à la hauteur du cap Delgado, et soupçonnaient peut-être Madagascar ; ils savaient que le Nil prend ses sources très avant dans l'intérieur du continent, et ils avaient envoyé des reconnaissances jusqu'au confluent du Nil et du Bahr-el-Ghazal ; ils avaient colonisé toutes les côtes de la Tripolitaine et le Maghreb, et avaient poussé, en plein coeur du Sahara, jusqu'au pays des Garamantes (au Sud du Fezzan), sinon jusqu'à l'Agizymba (peut-être l'Aïr); enfin, le Carthaginois Hannon avait longé la côte ouest de l'Afrique jusqu'au Sénégal, peut-être même jusqu'au fond du golfe de Guinée, mais pas plus loin, et les anciens avaient visité, sinon colonisé, les îles Fortunées (les Canaries). Les Occidentaux du moyen âge oublièrent une partie de ces notions. Tandis que les voyageurs musulmans (Ibn Batouta) visitaient les pays du Soudan, même occidental, et exaltaient l'opulence de Tombouctou, eux retombaient dans une ignorance complète des contrées africaines un peu éloignées et ne conservaient plus quelque connaissance que des pays riverains de la Méditerranée et de la mer Rouge. C'est seulement à partir du XIVe siècle que les portulans et les cartes dressées le plus souvent par des Juifs catalans ou majorquins au courant de la science musulmane (Edrisi, etc.) portent les noms des pays du Soudan occidental ; alors aussi le Génois Malfante pousse à travers le Sahara jusqu'au Niger (en 1447). Mais ce voyage et la conquête des Canaries par les Normands Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle (1402) sont demeurés ignorés des géographes du temps. Aussi est-ce une complète découverte des rivages africains que les Portugais ont effectuée à partir de 1420, sous l'impulsion de l'infant dom Henri le Navigateur.

Non contents de retrouver et de découvrir les archipels africains situés au large des côtes du Maroc et du Sahara, ils explorent lentement celles-ci elles-mêmes, passant péniblement du cap Noun au cap Bojador (1433), au cap Blanc (1440), puis au cap Vert (1445) et au Sierra-Leone. La découverte des lies du golfe de Guinée, celle du Zaïre ou Congo par Diego Cao (1485), celle du cap des Tempêtes par Barthélemy Diaz (1487), voilà les dernières étapes de la reconnaissance du littoral africain de l'Atlantique par les Portugais. A Vasco de Gama appartient l'honneur d'avoir, en 1498, effectué celle des côtes de l'océan Indien depuis la baie d'Algoa jusqu'à Mélinde et Mogadiscio, d'avoir ainsi rejoint ses propres découvertes à celles que, de l'Ethiopie, Pero de Covilha avait menées à bien jusqu'à Sofala. Tôt après (1500), en voyant   de Madagascar, Diego Diaz ajoutait un dernier fleuron à l'oeuvre géographique menée ainsi à bien par les Portugais en moins d'un siècle.
Par la suite, ces mêmes Portugais, en plein coeur du continent, ont réalisé, sous l'Equateur et plus au Sud, des découvertes que l'on connaît fort mal aujourd'hui. On en a fait table rase au début du XVIIIe siècle, en effet, et c'est seulement dans la seconde moitié de ce siècle, avec l'arrivée de Bruce aux sources du Nil Bleu (1770), que la dernière et définitive découverte de l'Afrique a commencé. Vingt ans plus tard, la Société africaine de Londres était fondée (1788), et après les guerres de la Révolution et de l'Empire, les Sociétés de géographie se fondaient à leur tour (depuis 1821) et plaçaient au premier rang de leurs préoccupations l'exploration de l'Afrique intérieure.

Déjà l'étude scientifique de l'Egypte avait été amorcée par les savants de l'Institut d'Égypte (en 1798) ; déjà aussi Mungo Park avait exploré le Niger moyen, dont un des frères Lancier a ensuite reconnu les bouches (1830) ; déjà enfin Clapperton, Denham et Oudney avaient, depuis Tripoli, gagné le lac Tchad (1822-1824). C'est, toutefois, à partir de 1850 surtout que se précipite le grand mouvement d'exploration. Alors l'Allemand Barth explore le Soudan central et occidental (1849-1855), laissant au Dr Nachtigal le soin de compléter son oeuvre dans le Soudan central et d'étudier le Ouadaï entre 1869 et 1874. Alors Livingstone effectue de 1849 à 1855, dans l'Afrique australe, ses premiers voyages, si fructueux à tant d'égards (découverte du lac Ngami, traversée de l'Afrique entre Saint-Paul-de-Loanda (Luanda) et Quelimane). Alors Burton et Speke découvrent en 1858 les grands lacs de l'Afrique équatoriale (le Tanganyika, le Victoria), dont les hauts massifs montagneux (Kilimandjaro et Kénia) ont déjà été aperçus par les missionnaires Krapf et Rebmann dès 1848 et 1849. Tôt après, Rohlfs traverse l'Afrique entre Tripoli et l'embouchure du Niger (1865-1867), et Grandidier explore scientifiquement Madagascar, cependant que Livingstone entreprend sa reconnaissance de la région des sources du Congo (1866-1873) et que Schweinfurth pénètre jusqu'à l'Oubangui par le pays que draine le Bahr-el-Ghazal (1870). Puis viennent les grandes traversées de l'Afrique équatoriale par Cameron (1873-1875), par Stanley qui, le premier, descend le Congo jusqu'à son embouchure (1876-1877), par Serpa Pinto, etc., les nombreuses explorations des pays situés au Nord du Congo par S. de Brazza et par ses collaborateurs, la découverte de la boucle du Niger par une pléiade d'explorateurs où les Français tiennent le premier rang (Binger), l'étude du fossé ou Graben de l'Afrique orientale par Baumann et celle de la province équatoriale par Emin pacha, par Stuhlmann, etc.

Dès lors, abstraction faite du Désert libyque (étudié pour partie entre 1920 et 1924 par Bruneau de Laborie et par Hassanein bey), la découverte de l'Afrique est achevée. Le Maroc, en effet, a été exploré dès 1883-1884 par Ch. de Foucauld, dont Segonzac complète un peu plus tard les reconnaissances ; le Sahara occidental a été parcouru par Foureau, qui clôt une série de consciencieux voyages par une mémorable traversée de l'Afrique depuis Alger jusqu'au Tchad et au Congo (1898-1900), et il l'est par la suite par les officiers méharistes qu'accompagnent souvent des voyageurs aux préoccupations scientifiques. L'Ethiopie, où d'Abbadie a mené à bien de remarquables travaux entre 1838 et 1848, est étudiée de toutes les manières à la fin du XIXe siècle et au début du siècle suivant ; enfin, les pays aroussi et somali ont été reconnus par des explorateurs de toutes les nationalités (découverte du bassin fermé du lac Rodolphe par Teleki en 1888). L'ouvre de mise en valeur rationnelle et scientifique, fondée sur une étude approfondie des richesses du sol et du sous-sol, a donc pu être amorcée dès le début du XXe siècle, et succéder en beaucoup de points à l'oeuvre de reconnaissance accomplie au siècle précédent.

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