Arts

Le premier historien chinois, Sima Qian (v. 145-86 av. notre ère), commence un de ses récits avec cinq souverains. D'autres textes indiquent qu'il y en eut huit. Les uns comme les autres n'ont probablement pas plus de réalité historique que les Augustes. Les mythes de la protohistoire sont tous caractérisés par le choix de la couleur jaune pour le premier souverain -sans aucun rapport avec l'or , parce qu'elle est la teinte du centre de la Terre, celle qui sera attribuée aux parures impériales. Le premier souverain, Huangdi, le « souverain jaune », sait avant les autres utiliser le feu pour fabriquer des objets. Ainsi naissent les premières poteries, les premières fontes d'armes. Il invente aussi le char et le bateau, tandis que son épouse découvre la soie. Des souverains qui suivirent il faut retenir les deux derniers, Yao et Shun, qui durent combattre le déluge provoqué par l'ébranlement du mont Buzhou. Ils appellent aux affaires de l'État des hommes réputés pour leur sagesse, auxquels ils sont prêts, en cas de succès, à céder le pouvoir. Le principe de la transmission du pouvoir de sage en sage est ainsi posé avant le principe héréditaire. La sagesse a pour corollaire l'âge, synonyme d.' enrichissement par 1'expé- rience. Ainsi Shun, appelé auprès de Yao alors qu'il est déjà âgé, va-t-il régner pendant près de quatre-vingts ans.

YU LE GRAND

Le souverain Shun charge le comte Yu, intendant des travaux publics, de régler le problème du déluge. Celui-ci s'y emploie avec dévouement et sagacité, organise le territoire pour le bien de tous et fait même don de sa propre personne en devenant hémiplégique à force d'efforts. Le mythe du déluge se superpose d'ailleurs à la réalité du fleuve Jaune, dont on sait que le cours impétueux est capable de divaguer sur des centaines de kilomètres, provoquant des dégâts considérables et des famines spectaculaires. Après s'être dévoué pour le bien de son peuple et avoir fait la preuve de son efficacité, le comte Yu accède à son tour au pouvoir suprême. Mais il déroge sérieusement à la règle établie de la succession au mérite en appelant auprès de lui son propre fils. il crée ainsi la première dynastie royale, la dynastie des Xia, qui régnera de 2205 à 1800 av. J.-C. La tradition classique chinoise intègre la nouveauté de ce principe héréditaire du pouvoir en expliquant que le fondateur d'une dynastie est en fait le dépositaire de deux vertus -le tao et le te -, qui à elles deux caractérisent le bon souverain. La première recouvre une disposition à faire régner l'harmonie et la seconde est rattachée à la notion d'efficacité. Or ces vertus se transmettent à la descendance mâle, qui peut dès lors légitimement régner. Mais vient toujours le temps où l'un des héritiers abandonne ces deux principes pour faire le mal, vit dans la dé- bauche, gouverne par les châtiments et cherche à s'enrichir. De Yu à Ji, la dynastie des Xia comptera dix-sept souverains. Le tyran Ji marquera la fin de la dynastie, c'est-à-dire la nécessité impérieuse pour le pays de choisir une nouvelle lignée de sages.

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